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13 mai 2016

Lisa Tuttle : Ainsi naissent les fantômes

Ce que l’éditeur nous dit :
Recueil de six textes fantastique inédits en France. Lisa Tuttle explore des thèmes, utilise des ambiances variées qui plongent le lecteur tour à tour dans la stupéfaction, la fascination, l’horreur, voire même, peut-être pour les plus sensibles, le malaise. Le lecteur trouvera dans l’interview qui clôt le recueil, réalisée à l’occasion de la présente publication, des éléments supplémentaires pour appréhender un auteur dont l’écriture et l’imagination ont fait parler d’elles et pourraient bien devraient, même recommencer à le faire.

Ce que j’en pense :
Sélectionnées et transposées en français par la prodigieuse Mélanie Fazi, ces six nouvelles m’ont complètement transportée. La traductrice nous raconte l’influence que Lisa Tuttle a eu sur son parcours d'écrivain et en effet  les univers de ces deux auteurs présentent de nombreuses similitudes. Toutes deux favorisent la présence de protagonistes féminins, des ambiances légèrement angoissantes, étranges, mais toujours empreintes de poésie et sans jamais tomber dans le glauque. Il m’a semblé que la française entrait plus pleinement dans le fantastique, mais toute deux se jouent avec beaucoup de subtilité de cette mince frontière entre la réalité et le surnaturel. Et le plus fou, c’est que les sujets traités par Lisa Tuttle sont finalement très réalistes, au travers de ses personnages si charnels, si imprévisibles, si complexes et si ... humains. Avec elle le dénouement n’est jamais couru d’avance.

Conclusion :
Étrange, poétique et saisissant.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les grottes
les déboires d’écrivain
la manipulation
le pouvoir de l’imagination

SFFF & D. : item19



8 décembre 2015

Sarah Gavron : Les suffragettes (Suffragette)

Ce que le synopsis nous dit :
Au début du siècle dernier, en Angleterre, des femmes de toutes conditions décident de se battre pour obtenir le droit de vote. Face à leurs revendications, les réactions du gouvernement sont de plus en plus brutales et les obligent à entrer dans la clandestinité pour une lutte de plus en plus radicale. Puisque les manifestations pacifiques n’ont rien donné, celles que l’on appelle les suffragettes finissent par avoir recours à la violence pour se faire entendre. Dans ce combat pour l’égalité, elles sont prêtes à tout risquer: leur travail, leur maison, leurs enfants, et même leur vie. Maud est l’une de ces femmes. Jeune, mariée, mère, elle va se jeter dans le tourbillon d’une histoire que plus rien n’arrêtera…

Ce que j’en pense :
Au beau milieu des élections régionales, il est bon de se souvenir qu’en France les femmes ne peuvent voter que depuis 1944, ou qu’en Arabie Saoudite, ce privilège commence seulement à se mettre en place. Le film se focalise ici sur les actions mises en place par la population "féministe" britannique pour obtenir ce droit. Si certains personnages emblématiques du mouvement sont représentés, l’héroïne est  la Mme Toulemonde de l’époque, une illustre inconnue aux conditions de vie éprouvantes, issue de la population ouvrière. Les inégalités mises en lumière vont bien au-delà du simple accès aux urnes : les femmes étaient tout simplement soumises au bon vouloir de la gent masculine (vis-à-vis de l’argent, du travail, des enfants...) et n’avaient presque aucun autre choix que celui de devenir de bonnes épouses. Si je déplore le fait qu’il semble que le changement ne puisse se faire que dans la violence, je m’étonne pas de la virulence dont la société a alors fait preuve pour tenter d’enrayer le changement. Britanniques, françaises ou autres, je suis reconnaissante envers toutes ces personnes avant moi qui ont oeuvrées pour me donner les droits dont je bénéficie aujourd’hui. Ici ou ailleurs, la marche vers l’égalité (homme/femme ou autre) est loin d’être terminée, mais j’espère sincèrement que nous continuions à aller dans le bon sens.

Conclusion :
Une page de l’histoire intéressante et bien racontée.

A voir si vous voulez en savoir plus sur :
les sentences
les témoignages
l’impuissance
la moitié de la population terrestre




1 novembre 2015

Yorgos Lanthimos : The lobster

Ce que le synopsis nous dit :
Dans un futur proche… Toute personne célibataire est arrêtée, transférée à l’Hôtel et a 45 jours pour trouver l’âme soeur. Passé ce délai, elle sera transformée en l'animal de son choix. Pour échapper à ce destin, un homme s'enfuit et rejoint dans les bois un groupe de résistants ; les Solitaires.

Ce que j’en pense :
Je vais immédiatement mettre Yorgos Lanthimos sur ma liste noire des réalisateurs à  éviter absolument. Voilà, je me sens déjà un peu mieux, pas une mince affaire, au sortir d’un film aussi anémiant.
Plusieurs critiques mentionnent l’humour noir “irrésistible” de the Lobster : pourtant adepte du genre, j’ai résisté sans le moindre effort à produire le moindre sourire. J’ai par contre eu plus de mal à éviter les grimaces de dégoût. Le propos tombe assez vite : une dystopie qui dénonce par la caricature la manière dont notre société conventionnalise les relations amoureuses. Certains parleront même de dictature, parce qu’un mot plus puissant est un moyen comme un autre de créer de la contenance. Si je note deux étoiles au lieu d’une, c’est parce que le réalisateur aura su rester cohérent d’un bout à l’autre dans sa quête de la dépression et qu'il la communique très bien au public : un ton monocorde, des personnages froids et passifs, une image terne, une musique discordante, des situations grotesques. J’ai très bien compris que ce monde n’était pas bien (bouh, bouh, bouh). Était-il nécessaire de poursuivre au delà du premier quart d’heure, qui suffit à tout dire, le reste n’étant qu’une longue torture pour le spectateur ? J’avoue avoir quitté la séance avant le fin, choix dont je me félicite d’autant plus au vu de ce qu’en lis sur internet.

Conclusion :
Affligeant

A voir si vous voulez en savoir plus sur :
les gémissements
la douleur
le jugement
la cruauté




10 octobre 2015

Paulo Coelho / Emily Young : Veronika decide de mourir (Veronika decide morrer)

Ce que l’éditeur nous dit :
Veronika a les mêmes rêves, les mêmes désirs que tous les jeunes gens du monde. Elle a un métier raisonnable et vit dans un petit appartement, s'offrant ainsi le plaisir d'avoir un coin à elle. Elle fréquente les bars, rencontre des hommes. Pourtant, Veronika n'est pas heureuse. Quelque chose lui manque. Alors, le matin du 11 novembre 1997, Veronika décide de mourir. Imagination et rêves, amour et folie. Désir et mort. Alors qu'elle s'approche de la mort, Veronika se rend compte que chaque moment de la vie constitue un choix, celui de vivre ou d'abandonner. Veronika expérimente de nouveaux plaisirs et découvre qu'il y a toujours un sens à la vie. Mais la vie est courte. Veronika a décidé de mourir, et maintenant, elle ne peut renoncer. 

Ce que j’en pense :
On ne peut pas dire que Paulo Coelho fasse ici dans la subtilité, alors que dès les premières pages on voit où il veut en venir. Le retournement de situation de la fin (sans spoiler), n’en est clairement pas un. J’ai aussi eu du mal à comprendre pourquoi l’auteur s’était situé personnellement dans le roman, ce qui mis à part ajouter quelques pages à ce un ouvrage bien mince, ne présente aucune plus-value.
Sur le principe, présenter des idées d’apparence simplistes pour amener son lectorat à la réflexion est plutôt sensée. Les choses les plus évidentes peuvent parfois prendre tout leur sens lorsqu’elle sont présentées dans un certain contexte. Le problème c’est que l’auteur les présente ici directement sur un plateau, ôtant tout cette part de cheminement intellectuel.
Pour compléter cette critique j’ai visionné l’adaptation d’Emily Young, qui a fait l’excellent choix de diriger Sarah Michelle Gellar pour le rôle de Veronika. Il m’a semble que les idées mieux passaient mieux dans ce format, qui justifie par sa nature de prendre certains raccourcis scénaristiques. On y perd les pensées des personnages secondaires, mais on y gagne sur message général. Et la bande sonore est délicieuse.

Conclusion :
Un livre médiocre, compensé par un film de bonne facture.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les tacos
le piano
les prisons
l'exaltation





6 octobre 2015

Cat Clarke : A kiss in the dark

Ce que l’éditeur nous dit :
Lorsqu'Alex et Kate se rencontrent, l'attirance est immédiate. Il a de l'humour, un beau visage et un brin de timidité : tout ce que Kate recherche chez un petit ami. Elle est jolie, craquante, avec un irrésistible soupçon de naïveté : Alex ne peut résister à son charme. L'un des deux cache pourtant un lourd secret qui va non seulement peser sur leur amour naissant, mais aussi menacer leur vie...

Ce que j’en pense :
Malgré son caractère farfelu, A kiss in the dark présente un postulat de départ avec du potentiel... qui s'avère rapidement avoir été traité de manière navrante. Cat Clarke nous sert un cliché de littérature adolescente, plein de mièvrerie et surtout ridicule à souhait. Plus le personnage principal s'embourbe dans ses erreurs, moins il est attachant.
Arrivé vers la moitié de l'ouvrage, un changement de traitement inattendu vient relancer l'intérêt général. Il pourrait s'agir d'un coup de maître qui viendrait enfin révéler toute le potentiel du sujet. Quelques pages suffiront à faire retomber le soufflet. Que du vent (j’espère un peu, le rôle joué par le frère présente tout de même un intérêt). La vraie raison qui m’aura gardée d’abandonner en cours est un agacement général, incapable de m’arrêter sur une note aussi grotesque.

Conclusion :
Soulagée de l’avoir terminée. Je ne le recommande pas.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les casquettes
les chemises
le skateboard
les feux d’artifice



15 août 2015

Claire North (Catherine Webb) : Les quinze premières vies d'Harry August (The First Fifteen Lives of Harry August)

Ce que l’éditeur nous dit :
Harry August se retrouve sur son lit de mort.
Une fois de plus.
Chaque fois qu’Harry décède, il naît de nouveau, au lieu et à la date exacts auxquels il est venu au monde la première fois, possédant tous les souvenirs des vies qu’il a déjà vécues. Peu importent ses actions ou ses choix, le processus est toujours le même. Harry ne sait comment ni pourquoi, seulement qu’il en existe d’autres comme lui.
Alors qu’arrive la fin de sa onzième vie, une petite fille apparaît à son chevet. « J’ai bien failli vous rater, Docteur August, dit-elle. Je dois vous transmettre un message, passé d’enfant à adulte, d’enfant à adulte, à travers des générations depuis mille ans dans le futur. Le voici : « Le monde se meurt, et nous ne pouvons rien y faire. À vous de jouer. » »
Voici l’incroyable histoire d’Harry August, de ce qu’il a fait, de ce qu’il va faire, et comment il va essayer de sauver un passé qu’il ne peut changer, et un futur qu’il ne peut accepter.

Ce que j’en pense :
Un excellente idée de départ, qui démarre plutôt bien. Revivre sa vie à l’infini, tout en conservant les souvenirs des essais précédents : cela signifie vivre à nouveau son enfance en tant qu’adulte, avoir la possibilité de faire des choix différents, apprendre et voyager énormément, devenir une “personne meilleure” peut-être...
Le problème c’est qu’il faut bien un début et une fin au roman, donc un fil conducteur. Malheureusement Claire Webb n’a rien trouvé de mieux que de nous embarquer dans une pseudo enquête inter-temporelle qui ne m’a personnellement que très peu intéressée. Les personnages qu’elle à créés, par leur immortalité, semblent inatteignables, rendant difficile la moindre empathie à leur égard. C’est sans compter sur une certain lourdeur dans l’ambiance (la retranscription de la lassitude du narrateur ?), qui vient finir de plomber le texte. Et la pseudo tentative de créer du suspense en faisant quelques aller-retour dans les différentes vies au lieu de traiter le sujet de façon chronologique n'aura certainement pas arrangé les choses (ça aurait pu, mais non). Si j’ai réussi à parvenir jusqu’à la dernière page, à mon sens ce livre est tout de même un beau ratage.

Conclusion :
Une bonne idée que son auteur n’a pas su exploiter. Raté.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :

les traumatismes
les chasses au trésor
l’amitié
la famille



31 juillet 2015

Matteo Garrone : Tale of tales (Il racconto dei racconti)

Ce que le synopsis nous dit :
Il était une fois trois royaumes voisins où dans de merveilleux châteaux régnaient rois et reines, princes et princesses : un roi fornicateur et libertin, un autre captivé par un étrange animal, une reine obsédée par son désir d'enfant... Sorciers et fées, monstres redoutables, ogre et vieilles lavandières, saltimbanques et courtisans sont les héros de cette libre interprétation des célèbres contes de Giambattista Basile.

Ce que j’en pense :
Les critiques disaient que ce film était “différent”. Elles n’avaient pas menti. Loin de la magie Disney (très loin), tout se résume au fait que l’approche de Matteo Garrone est crue, quelque part réaliste. Les contes se situent dans une période moyenâgeuse, où la beauté des vêtements et le luxe des châteaux se confrontent à la crasse des villageois, à l'obscénité des garde-manger où pendent les cadavres, et surtout à la monstruosité des mœurs. Un contraste permanent se fait entre sublime et horreur. Cela m’a particulièrement frappée vers la fin, lorsque les robes salies, les coiffures défaites restent tout de même le reflet du sublime qu’elles étaient. Les univers qui ont été imaginés pour les trois royaumes sont prodigieux.
Mais c’est gore, c’est répugnant, c’est très dérangeant, et en même temps ça a du sens. Si sa lecture est une expérience beaucoup moins sanglante, j’imagine que l’on aurait pu mettre en scène de manière similaire Le livre des choses perdues de John Connolly. C’est tout simplement que l’on ne nous épargne rien.
Si au sortir de la séance j’étais surtout dégoûtée (probablement sur la défensive), le recul m’a permis d’apprécier tous les détails qui font l”intérêt de ce film : la centralisation sur les femmes, la critique de l’égoïsme des ces rois qui font passer leurs plaisirs avant leur royaume, la superficialité, la méchanceté, la luxure, la recherche de beauté à tout prix... tant de thèmes immuables (les contes qui sont à la source de cette production sont plus anciens que ceux de Grimm ou Andersen).
Au final j’aurais passé beaucoup de temps après coup à chercher, comprendre, discuter de film si marquant. Si j’espère bien ne plus jamais avoir à le revoir un jour (en fait ce n’est pas négociable, il n’y a aucune chance que ça arrive), je ne regrette pas du tout cette expérience.

Conclusion :
Un moment de cinéma dérangeant, voire pénible, mais pas inutile pour autant.

A voir si vous voulez en savoir plus sur :
la chirurgie esthétique
les princes charmant
l’ambition
le prix à payer




9 juin 2015

Alex Garland : Ex Machina

Ce que le synopsis nous dit :
Caleb, 24 ans, est programmateur de l’une des plus importantes entreprise d’informatique au monde. Lorsqu’il gagne un concours pour passer une semaine dans un lieu retiré en montagne appartenant à Nathan, le PDG solitaire de son entreprise, il découvre qu’il va en fait devoir participer à une étrange et fascinante expérience dans laquelle il devra interagir avec la première intelligence artificielle au monde qui prend la forme d’un superbe robot féminin.

Ce que j’en pense :
Quelques jours se sont écoulés depuis la séance d’Ex Machina, mais mon opinion à son sujet reste encore confuse. Un sentiment angoissant m’a hanté, sensation que je n’aime pas tellement ressentir au cinéma (et encore moins dans la vie), mais force est de constater qu’il été créé de toute pièce par le réalisateur. Et je comprend également que cette sensation floue, l’incapacité à décider véritablement ce qui est “bien” ou “mal”, dans les situations qui nous ont été présentées, était bel et bien l’objectif d’Alex Garland. Il a su choisir des acteurs remplissant brillamment le(s) rôle(s) qui leur étai(en)t attribué(s), portant à l’écran trois personnages d’une profonde complexité, tandis que la relation triangulaire qui se tisse en eux les révèlent peu à peu (tout en aiguisant toujours un peu plus le doute). Il serait intéressant de les analyser individuellement, ainsi que la pertinence des interprètes sélectionnés, mais il serait difficile de le faire en quelques lignes, et surtout sans spoiler. Personnellement je suis tout à fait convaincue par ce choix.
Au final, si je suis prête à accepter l’étrange et le dérangeant qui définissent ce film jusqu’à la dernière minute (mais pourquoi ai-je été surprise, alors que Sunshine, 28 jours plus tard ou Never let me go procuraient strictement les mêmes sensation dans sa propre catégorie), ma seule vraie critique sera sur la structure même du film. La découpe très systématique des scènes contribue certes à accentuer l’angoisse (qui aurait déjà très bien fonctionné sans cet ajout), mais elle a surtout  failli me faire décrocher du film pour cause d'ennui, ce qui aurait été dommage.

Conclusion :
Un film déstabilisant, qui semble atteindre les ambitions qui lui ont été données.

A voir si vous voulez en savoir plus sur :
Les collants
Les placards
L’observation
Les intérêts personnels

25 avril 2015

Michael Cunningham/Stephen Daldry : Les heures (The hours)

Ce que l’éditeur nous dit :
Clarissa, Virginia et Laura : trois femmes, trois journées particulières dont les heures résonnent de subtils et sublimes échos jusqu'à l'incroyable révélation finale. Ce roman magistral, porté par la grâce, est hanté par le génie et les démons de Virginia Woolf. Adapté avec un immense succès au cinéma, il a reçu les prestigieux prix Pulitzer et Pen Faulkner Award. 

Ce que j’en pense :
Quelle oeuvre bien singulière que celle des Heures, dans son format écrit originel aussi bien que dans son adaptation cinématographique. Le roman, assez court au final (ce qui ne n'empêche beaucoup de profondeur), n’a quasiment rien perdu une fois transcrit à l’écran, au contraire. L’angle de vue est légèrement décalé de l’un à l’autre : alors que Stephen Daldry met l’accent sur le mal-être des trois héroïnes (les craquages, les pleurs, etc), Michael Cunningham se focalise quant à lui sur l’attrait que la mort exerce sur elles, telle la promesse d’une douce délivrance (le résultat est certes le même, mais le cheminement est différent). Quand l’écrit permet beaucoup plus d’introspection, l’image a su mieux mettre en avant les parallèles entre ces trois femmes et montre plus explicitement les liens qui les rattachent. Quel que soit le support, quelle fascinante épopée que cet éternellement recommencement de l’histoire, quel bel hommage à la littérature, là où l’écrivain, le personnage et le lecteur se croisent...
Seul petit bémol : j’avais un souvenir extrêmement fort des Heures, lu/vu à la sortie du film en 1998, tandis que cette redécouverte m’a moins transportée, sûrement à cause d’un état d’esprit différent (car il ne semble pas que l’un ou l’autre ait mal vieilli). Ce qui n’a pas changé : à l’époque cela m’avait donné envie de découvrir Virginia Woolf, ce n’est toujours pas fait mais c’est toujours prévu.

Conclusion :
Une histoire immuable.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les fleurs
les gâteaux
les mots
l’envie de bien faire




20 avril 2015

Uberto Pasolini : Une belle fin (Still Life)

Ce que le synopsis nous dit :
Modeste fonctionnaire dans une banlieue de Londres, John May se passionne pour son travail. Quand une personne décède sans famille connue, c’est à lui de retrouver des proches. Malgré sa bonne volonté, il est toujours seul aux funérailles, à rédiger méticuleu- sement les éloges des disparus… Jusqu'au jour où atterrit sur son bureau un dossier qui va bouleverser sa vie : celui de Billy Stoke, son propre voisin.

Ce que j’en pense :
Difficile de parler de ce film, que l’on pourrait percevoir comme plein d’espoir, aussi bien que carrément pessimiste. Ce qui est certain, c’est qu’il ne laissera personne de marbre. J’ai pour ma part versé de grosses larmes, à la fois sur la beauté et la tristesse de certaines scènes, ce qui ne m’étais pas arrivé depuis fort longtemps au cinéma (à ce point, depuis la mort de Mufasa peut-être ?). Si vous êtes d’humeur dépressive, je vous invite donc à passer votre chemin. Et pourtant... Que de choses sont mises en exergue dans ce film, dont au départ on à l’impression qu’il ne s’y passe pas grand chose. Et c’est là que la véritable magie opère, avec une humilité incroyable sur un si grand sujet. Que de points sensibles sont pointés du doigt, relatifs à notre société au sens large, mais également à l’individualité profonde de chaque individu et à sa place au sein de cette vaste humanité. Si futile, et tellement important. Quelle que soit votre situation personnelle actuelle, la qualité de votre relationnel, il est impossible de ne pas se sentir concerné.
C’est magnifique et c’est tragique, parce que oui ça existe.

Conclusion :
Un film qui prend aux tripes, parce qu’il aborde en toute simplicité l’une des questions les plus fondamentales de l’humanité.

A voir si vous voulez en savoir plus sur :
la vie




31 mars 2015

Mark Burton et Richard Starzak : Shaun le mouton (Shaun the Sheep Movie)

Ce que le synopsis nous dit :
Lorsque qu’une blague de Shaun entraîne accidentellement le fermier jusqu’à la Grande Ville, Shaun, Bitzer et le reste du troupeau se retrouvent embarqués dans une aventure complêêêêtement inattendue en plein grande ville… Shaun arrivera-t-il à retrouver le Fermier dans cette ville étrangère et inconnue avant de s’y perdre pour toujours ?

Ce que j’en pense :
Je ne l'aurais pas pensé a priori, mais Shaun le mouton s’est révélé être l'un des meilleurs films que j'ai vu depuis le début de l’année. Enfin un vrai divertissement qui permet de passer un bon moment, enfin un film drôle, devant lequel on rit (on rit vraiment, à de nombreuses reprises, et pas un simple sourire esquissé de temps à autre), dont on sort de bonne humeur.
Adapté à tous les publics, les petits comme les grands, j'ai aussi apprécié le message universel proposé : si les protagonistes peuvent avoir des dialogues, ils n’utilisent pas de langue à proprement parler pour plutôt s'appuyer sur des mimes, des expressions, des images, ce qui est à mon sens est plus parlant que tous les mots du monde.
A l'heure de la prolifération de la 3D, Mark Burton et Richard Starzak prennent le contre-pied et se délectent des possibilités de la 2D, jouant avec la perspective pour créer du comique de situation. Et, on ne la dira jamais assez, qu'est-ce que c’est drôle...

Conclusion :
Tout simplement hilarant.

A voir si vous voulez en savoir plus sur :
les sacs à dos
les sauts
les regards fixes
les coupes de cheveux





25 mars 2015

Douglas Adams : Le Guide galactique, tomes 1 à 3 (H2G2, The Hitchhiker's Guide to the Galaxy)

Ce que l’éditeur nous dit :
Comment garder tout son flegme quand on apprend dans la même journée : que sa maison va être abattue dans la minute pour laisser place à une déviation d'autoroute ; que la planète Terre va être détruite d'ici deux minutes, se trouvant, coïncidence malheureuse, sur le tracé d'une future voie express intergalactique ; que son meilleur ami, certes délicieusement décalé, est en fait un astro-stoppeur natif de Bételgeuse, et s'apprête à vous entraîner aux confins de la galaxie ?
Pas de panique !
Car Arthur Accroc, un Anglais extraordinairement moyen, pourra compter sur le fabuleux Guide galactique pour l'accompagner dans ses extraordinaires dérapages spatiaux moyennement contrôlés.

Ce que j’en pense :
Malheureusement, je ne connaîtrais jamais le secret de l’univers, ni la question dont la réponse est 42. Arrivée à ce troisième volume de H2G2, mon intérêt allant décroissant, je décide de m’arrêter là. Les deux premiers volumes recelaient pourtant d’excellentes idées, avec plus d’un élément amené avec sacrément d’intelligence, entre humour, absurde et questions existentielles. Je comprend sans peine le mouvement que cette série a pu initier, tout autant que la pérennité de toutes les références qui y sont faites dans l’univers geek. Le problème c’est que Douglas Adams finit par se perdre dans son “intergalacticité”, passant de décalé à complètement paumé, donnant l’impression de ne pas savoir lui-même où il veut en venir (mes  investigations internet m’ont permises d’arriver à la conclusion que cette tendance perdurait jusqu’à la fin du cycle). J’ai aussi trouvé dommage la manière dont certains personnages sont mis de côté, tandis qu’Arthur ne me semble pas du tout le plus intéressant d’entre eux...

Conclusion :
Excellent... jusqu’à un certain point.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les auto-manipulation
le centre de l’univers
les erreurs administratives
les attentes

11 février 2015

Morten Tyldum : Imitation Game

Ce que le synopsis nous dit :
1940 : Alan Turing, mathématicien, cryptologue, est chargé par le gouvernement Britannique de percer le secret de la célèbre machine de cryptage allemande Enigma, réputée inviolable.

Ce que j’en pense :
Peu de temps après avoir vu Une merveilleuse histoire du temps, difficile de ne pas faire le parallèle entre les biopics de ces deux célèbres scientifiques. L’approche est différente, mais l’objectif est le même : tenter de nous faire comprendre l’homme au-delà des travaux et comment leurs vies personnelles et environnements respectifs ont influencé (en avantages ou en contraintes) leurs bonnes réalisations. L’interprétation de Benedict Cumberbatch est sans surprise excellente, même si dans un premier temps on a plutôt l’impression de regarder un épisode inédit de Sherlock Holmes, les deux personnages présentant de nombreuses similitudes (heureusement l’effet s'atténue par la suite). Comme pour Steven Hawking, je connaissais très mal la vie de Alan Turing avant cette séance, qui fut donc très instructive. C’est finalement pour moi ce qui aura primé dans cette expérience, car c’est sans nul doute une histoire qui gagne a être connue, tant pour l’héritage que cet homme aura laissé après son passage, que pour son existence si singulière et si touchante.

Conclusion :
A voir au moins pour découvrir la vie de l'homme.

A voir si vous voulez en savoir plus sur :
Les droits de l’homme
Les secrets
La communication non-verbale
Les laisser-passer


31 janvier 2015

James Marsh : Une merveilleuse histoire du temps (The Theory of Everything)

Ce que le synopsis nous dit :
1963, en Angleterre, Stephen, brillant étudiant en Cosmologie à l’Université de Cambridge, entend bien donner une réponse simple et efficace au mystère de la création de l’univers. De nouveaux horizons s’ouvrent quand il tombe amoureux d’une étudiante en art, Jane Wilde. Mais le jeune homme, alors dans la fleur de l’âge, se heurte à un diagnostic implacable : une dystrophie neuromusculaire plus connue sous le nom de maladie de Charcot va s’attaquer à ses membres, sa motricité, et son élocution, et finira par le tuer en l’espace de deux ans. 
Grâce à l’amour indéfectible, le courage et la résolution de Jane, qu’il épouse contre toute attente, ils entament tous les deux un nouveau combat afin de repousser l’inéluctable. Jane l’encourage à terminer son doctorat, et alors qu’ils commencent une vie de famille, Stephen, doctorat en poche va s’attaquer aux recherches sur ce qu’il a de plus précieux : le temps. 
Alors que son corps se dégrade, son cerveau fait reculer les frontières les plus éloignées de la physique. Ensemble, ils vont révolutionner le monde de la médecine et de la science, pour aller au-delà de ce qu’ils auraient pu imaginer : le vingt et unième siècle.

Ce que j’en pense :
En allant voir ce film, je n’avais pas réalisé qu’il s’agissait d’une histoire “vraie”, encore moins qu’il s’agissait du biopic de ce Steven Hawking (je n’avais même pas lu le synopsis). Ce fut donc une surprise d’apprendre que le personnage était atteint d’une maladie incurable, pour ensuite m’attendre à le voir succomber à plus d’une occasion (je ne savais pas non plus qu’il était, à ce jour, toujours bel et bien vivant). Bref, moi qui était plutôt d’humeur pour une petite comédie légère, ce n’est pas du tout ce que j’avais imaginé.
J’ai bien aimé que le devant de la scène soit tour à tour occupé par Stephen, puis par Jane. Il s’agit de leur histoire, à eux deux, en tant que couple mais aussi en tant que deux individus distincts que le constituent. Eddie Redmayne est totalement transporté par son rôle, et il m’a fallu revoir des photos de l’acteur dans un autre contexte pour me souvenir de son aura à lui (avec tout de même une constance dans la force, la lumière qui se dégage de lui). La manière dont à aucun moment aucun personnage ne porte sur Steven Hawking un regard de pitié m’a également beaucoup marqué, parce qu'effectivement il ne le mérite pas.
Sans pouvoir désigner de scènes en particulier pour l’expliquer, j’ai l'impression globale d’un film un peu trop long, mais aussi d’une histoire, de vies fascinantes. C’est fou que le corps puisse atteindre un tel état, c’est encore plus insensé que l’esprit puisse le transcender.

Conclusion :
La nature humaine est pleine de surprises.

A voir si vous voulez en savoir plus sur :
l’auto-contradiction
les accents
l'opéra
la foi




3 janvier 2015

Aldous Huxley : Le meilleur des mondes (Brave new world)

Ce que l’éditeur nous dit :
Défi, réquisitoire, utopie, ce livre mondialement célèbre, chef-d’œuvre de la littérature d'anticipation, a fait d'Aldous Huxley l'un des témoins les plus lucides de notre temps.
« Aujourd'hui, devait écrire l'auteur près de vingt ans après la parution de son livre, il semble pratiquement possible que cette horreur s'abatte sur nous dans le délai d'un siècle. Du moins, si nous nous abstenons d'ici là de nous faire sauter en miettes... Nous n'avons le choix qu'entre deux solutions : ou bien un certain nombre de totalitarismes nationaux, militarisés, ayant comme racine la terreur de la bombe atomique, et comme conséquence la destruction de la civilisation (ou, si la guerre est limitée, la perpétuation du militarisme) ; ou bien un seul totalitarisme supranational, suscité par le chaos social résultant du progrès technologique. »


Ce que j’en pense :
Un monde parfait, totalitairement parfait. Les premières pages sont délectables, avec la description de ce monde, la découverte de sa logique, le conditionnement du bonheur. Les idées sont là, on ne peut pas retirer ça à Aldous Huxley. Et puis, fatalement, on rencontre le (les) personnage(s) qui ne sont pas adaptés à cette société, qui la remette question. A partir de là mon enthousiasme a brutalement chuté, parce que c’est si inévitable dans un roman dystopique que ça en devient blasant (après je veux bien croire que Huxley ai été précurseur dans le genre, et que c’est tous les autres auteurs que j'ai lu avant lui qui ont piqué ses idées, mais c’est comme ça, tu arrives trop tard Aldous). Cette entrée dans l’inéluctable aurait pu se compenser par un style intéressant, malheureusement, ce n’est pas le fort de l’écrivain.
Et puis finalement, non, pas de grosse révolution en perspective. Au final j’ai été surprise par la tournure prise par les évènements, et plus encore par la présence prépondérante de Shakespeare. Comme quoi j’ai été mauvaise langue (toutes mes excuses Aldous).
Au final, je trouve que la perspective d’un tel monde ne me parait pas si facile à trancher qu’il n’y parait. Je ne connais pas l’intention réelle de l’auteur lors de la rédaction, mais tout cela ne paraît pas si noir ou blanc, comme le montre notamment la manière dont tout cela se finit pour les différents protagonistes. Je ne suis pas non plus en train de dire que je suis pour les dictatures, juste que ce monde là a un certain sens : il propose à l’ensemble de ses membres d’être heureux de leurs conditions respectives, ce n'est pas si mal. Et je ne vois pas en quoi la douleur et l’inquiétude et la flagellation seraient fondamentalement meilleures. Je crois que tout le monde n’est pas capable, ou n’a pas envie, de “se battre” dans la vie (moi par exemple, me trouver dans une situation Shakespearienne m'ennuierait profondément). Alors, dans une certaine mesure, pourquoi pas ? Le truc c’est précisément que l’une ou l’autre des solutions, ne convient pas à tous (sans compter les conséquences de cette surconsommation sur la planète, ce qui n’est pas abordé ici). Ça donne à réfléchir tout ça... ou pas ^^

Conclusion :
Une écriture tout juste correcte, et une histoire moyenne, mais beaucoup de très bonnes idées, qui explique sans peine le succès de ce roman.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
le sommeil
les phrases toutes faites
l’inadaptation
l’embarras pour autrui

23 décembre 2014

Paul King : Paddington

Ce que le synopsis nous dit :
Paddington raconte l'histoire d'un jeune ours péruvien fraîchement débarqué à Londres, à la recherche d'un foyer et d'une vie meilleure. Il réalise vite que la ville de ses rêves n'est pas aussi accueillante qu'il croyait. Par chance, il rencontre la famille Brown et en devient peu à peu un membre à part entière.

Ce que j’en pense :
Si je n’ai pas été chamboulée au visionnage de Paddington, il faut dire que le déroulement de l’histoire est très convenu, j’ai tout de même passé un moment très plaisant. Je suis très heureuse d’avoir pu le voir dans sa version originale (mission quasi impossible, mais accomplie avec succès), car plus de 50% de ce qui fait l’intérêt de ce film réside précisément dans son aspect très british, et il aurait été dommage de passer à côté du “lovely accent”. En cela le personnage de l’ourson est adorable, couplant une extrême politesse en toutes circonstances, une tendance à présenter ses excuses plus souvent que nécessaire et une addiction poussée envers la marmelade et autres mets sucrés (pour ce dernier point, je ne suis pas certaine qu’il définisse bel et bien l’ensemble de la population britannique, mais de source sûre, du moins certains de ses spécimens). Bref il est tout à fait charmant, et attachant. Dans une moindre mesure, les autres membres de la famille Brown, avec les excentricités respectives le sont également (les scènes présentées sous l’aspect de la maison de poupée sont très réussies). Notons enfin une Nicole Kidman qui semble multiplier les rôles de méchante ces dernières années, ce que je soupçonne d’aller de pair avec son visage qui semble figé dans le temps, parce que franchement, ça ça fait peur (peut-être n’a-t-elle jamais pu se défaire de son rôle de sorcière de Blanche-Neige, et de sa lutte désespérée pour conserver sa jeunesse).

Conclusion :
Un petit film tout à fait charmant.

A voir si vous voulez en savoir plus sur :
les flèches hypodermiques
les langues étrangères
les jouets éducatifs
les surnoms

13 décembre 2014

Christopher Priest : Le monde inverti (The inverted world)

Ce que l’éditeur nous dit :
J'avais atteint l'âge de mille kilomètres. De l'autre côté de la parte, les membres de la guilde des Topographes du Futur s'assemblaient pour la cérémonie qui ferait de moi un apprenti. Au-delà de l'impatience et de l'appréhension de l'instant, en quelques minutes allait se jouer ma vie.
Helward Mann est l'un des habitants de la cité Terre, une mégalopole progressant sur le sol inconnu d'une planète effrayante. Il ne sait rien de l'extérieur et doit maintenant jurer qu'il ne révélera jamais ce qu'il y découvrira. Mais le long des rails qui mènent à l'optimum, Helward découvrira un monde dominé par le chaos et la barbarie, des paysages déformés, éclairés par l'hyperbole du soleil. C'est avec ce roman, où se mêlent senne of wonder et spéculations scientifiques, que Christopher Priest s'imposa en 1974 comme l'un des plus talentueux auteurs de la science-fiction britannique.

Ce que j’en pense :
Exercice complexe que de donner un avis sur cette œuvre. J’ai pourtant laissé passer un peu de temps avant de m’y mettre, mais quand même. Une chose est certaine, c’est que je ne m’attendais pas à ça. D’une certaine manière j’ai été déçue par le chemin que le cours des événements ne prend pas, alors que l’on commence à s’intéresser à certains aspects de l’histoire, pour que ceux-ci deviennent brutalement obsolètes. Mais cette nouvelle direction n’en est pas moins fort exaltante, donnant une toute nouvelle dimension à l’ensemble et chamboulant complément la donne. S’il n’est pas rare que les romans soient divisés en plusieurs parties, Christopher Priest en a fait un véritable atout, en s’offrant le luxe de changer complètement de narration de l’une à l’autre. Celles-ci ne sont donc pas uniquement là pour marquer la fin d’un “moment” dans l’histoire, mais pour aussi pour servir à ce dessein de “rupture”.
Au final le véritable défaut du Monde Inverti est qu’il laisse un sentiment d’inachevé. Je ne parle pas ici de la fin, mais bel et bien du contenu, comme si l’auteur n’était pas allé assez loin dans sa réflexion (en tout cas il ne nous en livre pas assez). Je crois que la seule solution reste à fouiller plus amplement la bibliographie de Christopher Priest.

Conclusion :
Parce que l’on voit forcément le monde à travers nos propres yeux.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
la relativité
les ponts
la perspective
les rails

23 octobre 2014

Alan Goudie : Morning Tide

Ce que l’éditeur nous dit :
Consciousness broke through him as if freed from the grip of underwater reeds in a current, pulled upwards from oblivion to the alarming clarity of the surface. He pulled open his eyes to a landscape of white ridges amidst shadowy canyons. He made no attempt to move. He was lying on his stomach, his arms by his sides, legs bunched up towards his torso as if some forward momentum had been exhausted and deposited him in that position. He blinked, feeling the brush of his eyelashes against cotton. Lire la suite ici.

Ce que j’en pense :
Décidément, la langue anglaise recèle encore bien des merveilles à découvrir. Vecteur de communication international dans les entreprises comme dans (un trop grand?) nombre de médias, sa simplicité apparente d’apprentissage laisse parfois oublier toute la richesse de son vocabulaire. C’est ce que j’ai pu apprécier à lecture de cette première nouvelle éditée d’Alan Goudie, auteur écossais à la plume très imagée, au bout de laquelle je ne serais jamais parvenue sans quelques consultations d’un dictionnaire. Si c’est en temps normal un recours que j’évite tant que possible, je serais ici probablement passée à côté de quelque chose si je ne l’avais pas fait. Car c’est dans la précision des mots que réside le charme de cette nouvelle, qui nous fait suivre son personnage principal à la manière d’une caméra dont le champs s’élargirait progressivement. Tour à tour intrigante, amusante, et surtout poignante, si l’histoire narrée ne marque pas par son originalité elle reste très plaisante à lire, ne serait-ce que pour la palette d’émotions qui s’en dégage.

Conclusion :
Un auteur que je serais curieuse de lire à nouveau.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
- les canapés
- les historiques d’appel
- les parapluies
- les pas feutrés


29 juillet 2014

Jo Walton : Morwenna (Among others)

Ce que l’éditeur nous dit :
Morwenna Phelps, qui préfère qu'on l'appelle Mori, est placée par son père dans l'école privée d'Arlinghurst, où elle se remet du terrible accident qui l'a laissée handicapée et l'a privée à jamais de sa soeur jumelle, Morganna. Là, Mori pourrait dépérir, mais elle découvre le pouvoir des livres de science-fiction. Delany, Zelazny, Le Guin et Silverberg peuplent ses journées, la passionnent.
Un jour, elle reçoit par la poste une photo qui la bouleverse, où sa silhouette a été brûlée. Que peut faire une adolescente de seize ans quand son pire ennemi, potentiellement mortel, est une sorcière, sa propre mère qui plus est ? Elle peut chercher dans les livres le courage de combattre.
Ode à la différence, journal intime d'une adolescente qui parle aux fées, Morwenna est aussi une plongée inquiétante dans le folklore gallois. Ce roman touchant et bouleversant a été récompensé par les deux plus grands prix littéraires de la science-fiction : le prix Hugo et le prix Nebula. Il a en outre reçu le British Fantasy Award.

Ce que j’en pense :
Difficile de trouver les mots pour décrire ce roman hors norme. Je ne saurais même pas dire à quel point il m’a plu, même si je sais que j’aurais bien continué à le lire plus longtemps. Grosse pression d’ailleurs, alors que l’héroïne est capable de dévorer deux romans par jour, de ne pas être capable de finir cette lecture en moins d’une semaine (à ma décharge, j’ai nettement moins de temps qu’elle à consacrer à cette activité) !
Toute l’originalité réside dans cette ligne intentionnellement floue entre fantasie et réalité, alors que la magie et la féerie semblent faire partie intégrante d’un Royaume-Uni tout à fait terre-à-terre outre mesure. Au final on ne sait jamais vraiment ce qu’il en est, si ces éléments surnaturels existent ailleurs que dans l’imagination de Morwenna, mais au final cela pas vraiment d’importance. Au contraire, cette dernière doit faire face à des situations pas très drôles, à un âge où la recherche de son identité et de sa place dans la société suffisent déjà amplement à occuper le quotidien. On sent toutes les difficultés émotionnelles par lesquelles elle passe, sans pour autant tomber dans le plaintif gratuit ou l’accablement.
Ajoutons à cela un référentiel incroyablement dense à la littérature en général et à la Fantasy en particulier, qui invite à découvrir bien des auteurs. Celui-ci est complètement intégré au roman, tandis que l’héroïne nous parle du Mordor ou de son Karass comme si ces termes faisaient partie du vocabulaire courant ou nous fait partager les réflexions que lui inspirent ses lectures.
Enfin, j’ai trouvé bien maîtrisé et bien utilisé le format de base  (sans qu’il ne soit omniprésent non plus), consistant à nous décrire les évènements sous la forme d’un journal intime.

Conclusion :
Un roman unique.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
- les ruines
- l’argent de secours
- les boucles d’oreilles
- le vrai café

16 juillet 2014

Neil Gaiman : Neverwhere

Ce que l’éditeur nous dit :
Dans une rue de Londres, un soir ordinaire, Richard trouve une jeune fille au sol, blessée. Il la prend dans ses bras, elle est d'une légèreté surprenante. Le lendemain, tout dérape : sa fiancée le quitte, on ne le reconnaît pas, certains ne le voient même plus. Le monde à l'envers, en quelque sorte. Car il semblerait que Londres ait un envers, la "ville d'en Bas", une cité souterraine où vit un peuple d'une autre époque, invisible pour le commun des mortels. Comme plus rien ne le retient "là-haut", Richard rejoint les profondeurs...

Ce que j’en pense :
J’avoue n’avoir pas complètement été emballée par cette oeuvre de Neil Gaiman. La faute en revient surtout au contenu de l’histoire, pas très original ni très palpitant (malgré un premier chapitre prometteur). Pour apprécier ce roman, il faut être capable de voir plus loin, de savourer les descriptions de cet univers parallèle imaginé de toute pièce. Je ne suis pas une très grande fan de Londres, mais on voit bien que l’auteur, lui, aime sa ville et la connaît comme sa poche. En réalité la qualité se trouve dans certains détails, tels que certains personnages (les deux méchants en particulier) ou certains aspects de la narration (les références aux mondes perdus ou certains événements inhérents au Marquis de Carabas par exemple m’ont plu). Enfin j’ai cru déceler entre les lignes de la traduction des tournures de phrases probablement savoureuses en anglais. Mais si je suis capable de reconnaître toutes ces qualités, encore une fois elles ne m’ont pas suffit à totalement adhérer à ce roman.

Conclusion :
Un roman plein de qualités mais qui pêche par la faiblesse de son histoire.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
- les plumes
- les serrures
- les vernissages
- le vin matûre