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7 juillet 2016

Pierre Gripari : La sorcière de la rue Mouffetard et autres contes de la rue Broca

Ce que l’éditeur nous dit :
Il était une fois la ville de Paris. Il était une fois une rue Broca. Il était une fois un café kabyle. Il était une fois un Monsieur Pierre. Il était une fois un petit garçon qui s'appelait Bachir. Il était une fois une petite fille. Et c'est ainsi que, dans ce livre, vous allez faire la connaissance d'une sorcière, d'un géant, d'une paire de chaussures, de Scoubidou, la poupée voyageuse, d'une fée, et que vous saurez enfin la véritable histoire de Lustucru et de la mère Michel.

Ce que j’en pense :
Quelle délicieuse expérience que celle de redécouvrir un classique de son enfance. Je me souviens clairement de la couverture du folio junior (l’un des premiers que j’ai lu, suivi de nombreux autres) de mon exemplaire de La sorcière de la rue Mouffetard. A l’époque je n’avais encore jamais mis les pieds à Paris et j’ai éprouvé une grande émotion en voyant finalement la fameuse rue de mes propres yeux (mes grands-parents vivant juste à côté) un ou deux ans plus tard. Au final c’est surtout un lieu très touristique (je ne sais pas si c’est à cause du livre ou si l’auteur l’a choisie parce qu’elle était déjà connue) parmi tant d’autres, mais l’évocation de son nom me sera toujours associé à une certaine magie. Pour en revenir aux nouvelles, j’ai à nouveau apprécié le ton absurde de l’auteur et la diversité des textes. Si on trouve toujours des références à la rue Broca (la véritable clé du recueil, mais je ne sais pas pourquoi, celle-ci m’a moins marquée), les univers sont finalement très diversifiés. Avec mes yeux d’adulte (féministe), j’ai tout de même noté quelques détails qui m’ont gênée. Prenons pas exemple le conte de la mère Michelle : on nous explique comment celle-ci fini par épouser un homme qui lui fait la cour au moyen de chantage et de harcèlement. Juste après avoir lu Les crocodiles, c’est un peu difficile à accepter. Mais il s’agit d’une autre époque, d’autres mœurs et cela n’aura pas entaché le plaisir que j’ai eu à cette relecture.

Conclusion :
Voyage en enfance !

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
l’histoire de France pour les nuls
la prospérité
les étoiles
les tirelires



2 juillet 2016

Bifrost n° 77 (2015) : Dossier Mélanie Fazi

Ce que l’éditeur nous dit :
Me voilà seul dans la maison, et les souvenirs reviennent.
Les miens, ceux de mon été ici, celui de mes huit ans, l’été de personne d’autre. Pas celui d’Hugo. Le mien. Tout a commencé par l’image de la gouvernante en train de m’entraîner le long d’un des couloirs de l’étage, surgie de nulle part alors que j’empruntais le couloir en question. Puis des moments précis avec Carl, des jeux, des discussions, la certitude très nette que je l’admirais, que j’adorais sa présence mais qu’il n’était pas vraiment là, pas tout à fait comme nous. Certains souvenirs sont anodins. D’autres sont des bribes isolées qui ne riment à rien.  J’ai des flashes d’une grande salle rouge et de jeux impossibles…

Ce que j’en pense :
A l’occasion du CRAAA, j’ai ouvert (ou plutôt tourné les pages virtuelles de ma liseuse) pour la première fois un numéro du magazine Bifrost. Depuis le temps le temps que je traîne sur le site du Bélial (dont j’abuse des ressources gratuites), il était temps. J’ai sans hésitation jeté mon dévolu sur l’édition consacrée à Mélanie Mazi, ce qui m’a donné le plaisir immense de lire une autre de ses nouvelles. Alors que ces derniers mois je me suis activée à découvrir la cinématographie des années 60, et les réalisations d’Alfred Hitchcock en particulier, ce récit basé sur l’univers du film Rebecca tombé à point nommé (je n’ai plus qu’à voir l’original). Bref j’ai adoré La Clé de Manderley.
Par contre, j’ai un peu moins apprécié le texte de Greg Egan (contrairement à mes expériences précédentes avec l’auteur et me suis totalement désintéressée de celui de Stéphane Beauverger (du coup pas sûr que je lise son Déchronologue un jour).
Dans la suite du numéro, j’ai pu découvrir de nombreuses critiques littéraires, ce que j’ai trouvé bien sur le principe, mais pas facile à utiliser dans le format epub. Je préfère largement lire les chroniques d’autres blogs ou sur des sites type Babelio quand un ouvrage particulier attire mon attention. Les éditions nous proposent également un listing de toutes les sorties littéraires du genre. J’avoue que je ne vois pas trop comment utiliser ce type d’information, peut-être parce que mes lectures ne se cantonnent pas au genre SFFF et qu’encore une fois je préfère sélectionner au gré des découvertes. Tellement d’ouvrages existent déjà que je n’ai pas besoin de suivre de si près les dernières publications. Idem pour l’actualité qui est partagée.
Enfin, j’ai été forte surprise de la longue interview de l’auteur invitée qui a été réalisée, extrêmement complète. J’imagine qu’il s’agit d’une mine d’or pour les écrivains en herbe qui se posent des questions sur leur « carrière », l’expérience des pairs étant toujours la bienvenue. N’étant pas dans ce cas de figure, j’ai intentionnellement omis quelques passages…

Conclusion :
Coup de cœur pour la nouvelle de M. Fazi, mais pas convaincue par le magazine Bifrost.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
Les personnages
Les projecteurs
Les héritages
Les objets du décor



29 mai 2016

Ken Liu : La ménagerie de papier (The Paper Menagerie and Other Stories)

Ce que l’éditeur nous dit :
« Elle plaque la feuille sur la table, face vierge exposée, et la plie. Intrigué, j'arrête de pleurer pour l'observer. Ma mère retourne le papier et le plie de nouveau, avant de le border, de le plisser, de le rouler et de le tordre jusqu à ce qu'il disparaisse entre ses mains en coupe. Puis elle porte ce petit paquet à sa bouche et y souffle comme dans un ballon. «Kan», dit-elle. «Laohu». Elle pose les mains sur la table, puis elle les écarte. Un tigre se dresse là, gros comme deux poings réunis. Son pelage arbore le motif du papier, sucres d'orge rouges et sapins de Noël sur fond blanc. J'effleure le petit animal qu'a créé Maman. Il remue la queue et se jette, joueur, sur mon doigt... »
Ken Liu est né en 1976 à Lanzhou, en Chine, avant d'émigrer aux états-Unis à l'âge de onze ans. Titulaire d'un doctorat en droit (université de Harvard), programmeur, traducteur du chinois, il dynamite les littératures de genre américaines, science-fiction aussi bien que fantasy, depuis une dizaine d'années, collectionnant distinctions et prix littéraires, dont le Hugo, le Nebula et le World Fantasy pour la seule « Ménagerie de papier », ce qui demeure unique à ce jour. Le présent recueil, sans équivalant en langue anglaise et élaboré au sein d un corpus considérable, consacre l'éclosion du plus brillant des talents, protéiforme et singulier l'avènement d'un phénomène.

Ce que j’en pense :
Commençons par les défauts de ce recueil : très souvent, les textes de Ken Liu ont un aspect prévisible, convenu ; il leur manque la part de mystère et de surprise qui font la différence. Je pense que c’est l’une des raisons pour lesquelles aucune de ces nouvelles ne m’a vraiment bluffée, tandis que j’ai été toute retournée par bon nombre des textes de Mélanie Fazi (comment ça je la cite tous les 3 articles, et alors c’est quoi le problème, c’est que ça fait trop longtemps que je n’ai pas parlé de Maïa Mazaurette ? ♥) ou de Lisa Tuttle que j’ai lus. Et pourtant Ken Liu est bel et bien un excellent nouvelliste, puisque dès les premières lignes il parvient à mettre en place un univers, une atmosphère, à poser ses personnages, pour ainsi créer des histoires riches malgré un nombre de pages réduit. Sur cet aspect d’ailleurs j’ai été épatée. L’auteur dispose de multiples cordes à son arc qui lui permettent de nous emporter dans des mondes, des ambiances, des cultures, voire des genres très variés d’une nouvelle à l’autre, ce que je trouve admirable. Et même si la manière de les faire évoluer manque parfois d’originalité, on sent que l’auteur a des messages à nous faire passer. Il nous propose de réfléchir à nos racines et à notre futur, à l’importance de la mémoire et de l’écriture, sur la valeur de la vie, sur les questions éthiques qui vont de pair avec les progrès technologiques et la recherche d’immortalité, ou encore la spiritualité au sens plus général.

Conclusion :
Tout cela se lit avec le plus grand plaisir.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les souvenirs
les carnets intimes
l’origine du monde
les conversations divines

SFFF & D. : item 18


27 mai 2016

Jean-François Mallet : Simplissime light - Le livre de cuisine light le + facile du monde

Ce que l’éditeur nous dit :
200 recettes saines pour rester en forme? La promesse du livre ? Des recettes toujours simplissimes à réaliser (pas plus de 5 ingrédients) au quotidien et :- Sans produit agro-alimentaire- Pas de mauvaise graisse- Sans sucre raffiné- Pas trop de produits laitiers- Des cuissons à l'huile d'olive- Des sauces à l'eau- Des desserts sans sucre- Des terrines sans gras- Beaucoup de recettes à base de fruits et légumes ou viandes maigres et poissons. Pour chaque recette, retrouvez les mentions de :- l'apport en calories,- avec ou gluten,- avec ou sans lactose,- sans sucres ajoutés,- faible en matière grasse.

Ce que j’en pense :
J’étais à la base assez septique quant à la promesse faite par ce bouquin, n’étant pas le premier à prôner la simplicité. Nombre d’ouvrages se disant adressés aux débutants (plus jeune j’en avais acquis un spécialement destiné aux étudiants), se révèlent assez décevant, soit parce que pas vraiment pratiques à mettre en oeuvre (approches maladroites, beaucoup d’ingrédients par recette, longs à préparer), voire carrément inutiles au vu de leur banalité (merci je saurais me débrouiller toute seule pour faire des pâtes à la tomate).
Mais je dois avouer que Simplissime a réussi à sortir des sentiers battus, pour proposer un livre tout simplement pertinent. Pour chaque recette, d’un côté le résultat final en grand (de quoi mettre l’eau à la bouche) et de l’autre les photos des ingrédients. Non seulement c’est très visuel, mais effectivement les éléments de mises en œuvres très limités poussent à croire qu’il est facile d’y arriver. Ajoutons à cela les notions de sans gluten, vegan et autres qualificatifs (très à la mode dans cette ère de recherche du bien-être), qui permettront à toutes les habitudes alimentaires de trouver leur bonheur.
Anoter deux bémols tout de même : d’une part l’épaisseur de l’objet, qui rend la manipulation difficile lorsqu’on cuisine, les pages ayant fâcheuse tendance à tourner toute seule, ce qui aurait pu être évité avec un grammage moins important (cela aurait aussi été plus écologique). D’autres part je reste dubitative face à certaines recettes, qui s’avèrent finalement trop simples, l’auteur ayant notamment fait beaucoup d’impasse sur les condiments et autres (un soufflé chocolat noir + fraises + œuf, d’accord je veux bien qu’on recherche le light, mais ne manquerait-il pas de sucre dans cette recette). Un minimum de bon sens et d’improvisation sera donc nécessaire pour palier à ces restrictions.

Conclusion :
Un ouvrage bien pensé, qui tient ses promesses.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
le visual thinking
les calories
les régimes alimentaires

Sondage Bizz & Mielcliquez ici, merci !!


23 avril 2016

Manu Larcenet : Le combat ordinaire (4 tomes)

Ce que l’éditeur nous dit :
C'est l'histoire d'un photographe fatigué, d'une fille patiente, d'horreurs banales et d'un chat pénible.
C'est l'histoire d'un  photographe convalescent, d'un génie médiocre, d'un cargo qui sombre et du cheval de Zorro.
C'est l'histoire d'un  photographe en dueil, d'un atelier à ranger, d'un livre à finir et de Gugusse avec son violon.
C'est l'histoire d'un chantier qui ferme, d'une petite fille amoureuse, d'un soir d'élection et d'une nuit dehors.

Ce que j’en pense :
Découverte récemment, je parcours peu à peu l’oeuvre de Manu Larcenet, qui regroupe des genres décidément très variés (nombreux articles à venir). En préparant cette chronique, j’ai appris que Le combat ordinaire avait été adapté au cinéma, avec Nicolas Duvauchelle en tête d’affiche. Le trailer laisse à croire que le ton est lourd, à l’image des angoisses de son héros, où l’on nous souligne notamment son passé de photographe de guerre : j’avais presque occulté ce détail lors de ma lecture, alors qu’il fait partie des clés de compréhension de Marco. Il faut dire qu’au final les passages “légers” sont très nombreux dans cette bande-dessinée, comme si son auteur n’avait pas tout à fait osé nous emmener dans les tréfonds de son esprit (ce qu’il fera plus dans Blast, publié ultérieurement). Beaucoup d’images me restent en tête : la relation particulière avec le voisin, le passage du rôle de fils à celui de père, la séance photo de l’atelier, la rencontre avec un photographe de renom ou encore la chouette. Nul doute que les passages forts et les personnages sont complexes (parfois pas suffisamment expliqué à mon goût, les non-dits étant omniprésents) sont là. Mais il faut se concentrer dessus, car ils se perdent dans la multitudes des pages. Je réalise que tout cela mérite peut-être une seconde lecture...

Conclusion :
Une oeuvre riche, lesée par ton général un peu flou.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
l’engagement
la confiance
la fuite
la nostalgie



19 avril 2016

Harper Lee : Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur (To Kill a Mockingbird)

Ce que l’éditeur nous dit :
Dans une petite ville d'Alabama, au moment de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Homme intègre et rigoureux, cet avocat est commis d'office pour défendre un Noir accusé d'avoir violé une Blanche. Celui-ci risque la peine de mort.

Ce que j’en pense :
Sous une simplicité apparente, le roman de Harper Lee révèle la puissance de ses messages au fil des pages. A noter que j’ai démarré cette lecture en anglais, pour basculer en français après une centaine de pages, ayant l’impression que le niveau exigé me faisait passer à côté de certains éléments. Je me suis aperçue qu’il s’agissait en fait du style même de la narratrice, passant parfois du coq à l’âne dans ses idées.
Nous suivons le quotidien d’une poignée d’enfants dans une petite ville d’Alabama, leurs jeux estivaux en particulier, dont l’univers tourne autour de leur voisinage étendu. Cette promiscuité, leurs nombreuses interactions avec les adultes, leurs propres questionnements “naïfs” sur le monde, leurs étonnements face à ce qui leur paraît juste ou injuste, leurs évolutions personnelles, vont amener le lecteur à s'interroger également. Si certains des thèmes abordés correspondent à un lieu et à une époque, ils n’en restent pas moins universels dans leur approche. Harper Lee nous invite ainsi à la tolérance, à l’acceptation des autres et des différences, même lorsqu’on ne les comprend pas. Je comprend ainsi facilement la portée internationale que connaît Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur. Pour prolonger un peu la rencontre avec Scout et ses proches, il ne me reste qu’à voir l’adaptation cinématographique de Robert Mulligan.

Conclusion :
Un beau roman intemporel.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les cachettes dans les arbres
les produits agricoles
les vérandas
la lecture



2 avril 2016

Mathieu Gaborit : Les Chroniques des Crépusculaires

Ce que l’éditeur nous dit :
Le baron de Rochronde n'est plus. Et, selon la coutume, son fils Agone doit lui succéder. Or, peu enclin à suivre les traces de son père, guerrier sanguinaire impitoyable, celui-ci se destine à une vie d'érudit itinérant. Agone accepte néanmoins la dernière requête du défunt : passer une semaine au collège occulte du Souffre-jour, où d'éminents maîtres d'armes et de magie initient aux arcanes de puissants pouvoirs. Là, il va découvrir le sens de sa destinée... Alors que grandissent menaces extérieures et conspirations fomentées par les adeptes du Cryptogramme-magicien, l'héritier de Rochronde, armé de sa fidèle rapière Pénombre et rompu aux plus redoutables arts magiques, saura-t-il trouver son salut et délivrer les Royaumes Crépusculaires qui sombrent dans la tourmente ?

Ce que j’en pense :
Cette lecture commençait de manière assez prévisible : le jeune homme qui tente d’aller à l’encontre du destin auquel il ne pourra échapper, le passé douloureux, la quête initiatique, et même l’école de magie... bref que des choses vues par ailleurs. La suite cependant est bien moins convenue. Je dois dire que j’ai été troublée par cette lecture, au sein de laquelle les notions de bien et de mal sont brouillées (comme les œufs). En effet nous avons ici un personnage principal, a priori  “bon” et “gentil”, qui se bat pour les causes auxquelles il croit, qui défend les opprimés, qui s’attache et pense au bien être de ses proches. En même temps il emprunte des chemins tortueux, use de violence, accepte même la cruauté et l’horreur lorsque cela lui est utile, tout en déplorant qu’il doive tôt ou tard y avoir recours lui même. La frontière entre ce qui est acceptable et ne l’est pas n’existe plus. On pourrait penser que Matthieu Gaborit a réussi à nous dépeindre un personnage finalement humain, avec tous les travers que cela implique (comme Robin Hobb par exemple sait si bien le faire), mais il n’en est rien car cet Agone est avant tout hors normes. Au final je ne saurais même pas dire si c’est bien ou pas, même s’il me semble avoir apprécié cette lecture. Comme dans ma précédente rencontre avec l’auteur, j’ai trouvé l’écriture soignée, en particulier dans une utilisation variée du vocabulaire.
Deux défauts notables cependant : le manque de développement des autres protagonistes (Agone n’est presque entouré que de figurants), et une alternance maladroite entre les scènes centrées sur des personnages et les passages se voulant plus géopolitiques qui, surtout présents dans la dernière partie, semblent un peu tomber comme un cheveux sur la soupe.

Conclusion :
Une lecture perturbante et captivante.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les peintures
les arbres
les consciences
le funanbulisme



20 février 2016

Alain Damasio : Aucun souvenir assez solide

Ce que l’éditeur nous dit :
Une cité de phares noyée par des marées d’asphalte où la lumière est un langage. Une ville saturée de capteurs qui dématérialise les enfants qui la traversent. Un monde où la totalité du lexique a été privatisée. Un amant qui marche sur sa mémoire comme dans une rue… En dix nouvelles ciselées dans une langue poétique et neuve, Alain Damasio donne corps à cet enjeu crucial : libérer la vie partout là où on la délave, la technicise ou l’emprisonne. Redonner aux trajectoires humaines le sens de l’écart et du lien. Face aux hydres gestionnaires qui lyophilisent nos cœurs, l’imaginaire de Damasio subvertit, perfore les normes et laisse à désirer. C’est un appel d’air précieux dans un présent suturé qui sature.

Ce que j’en pense :
La qualité, la maitrise et l’exigence d’écriture d’Alain Damasio poussées à leur paroxysme, pour le meilleur... et pour le pire. Car si certains moments, des tournures de phrases ou même certains paragraphes sont d’ordre divin, d’autres sont tout simplement inaccessibles au commun des mortels, rendant la lecture fort laborieuse. J’ai beau savoir apprécier un style recherché, il me semble que le choix des mots devrait toujours être au service du sujet traité (qu’il s’agisse de conter, d’expliquer ou juste de provoquer une sensation). De ce recueil, il y a des nouvelles que je n’ai pas pu me résoudre à terminer, ou dont je ne conserve qu’un souvenir très flou, comme par exemple C@patch@ ou Une stupéfiante salve d’escarbilles de houille écarlate. Nombre d’idées de fond et de forme y étaient pourtant excellentes. Heureusement d’autres pans du livre ont réussi à mieux me toucher, je citerai en particulier Annah à travers la harpe, So Phare away ou Les Hybres.
Alain Damasio reste à mon sens l’un des meilleurs auteurs contemporains (français tout du moins, mais peut-on jamais pleinement apprécier un auteur d’une langue maternelle différente de la notre), peut-être même le meilleur actuellement en vie parmi ceux qu’il m’ait été donné de lire.
Aucun souvenir assez solide, sans être son ouvrage le plus réussi, ne vient que confirmer ce fait.

Conclusion :
Trop bien écrire, quel comble tout de même.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les sponsors
la dématérialisation
la lumière
l’art



30 janvier 2016

Manu Larcenet : Blast (4 tomes)

Ce que l’éditeur nous dit :
Un homme seul, obèse et sale, est amené au commissariat. Ce qu'il a fait, pourquoi il est là, nous n'en saurons encore rien. Au cours de l'interrogatoire, confession impudique, il va livrer sa vie et expliquer au lecteur passionné comment il a, un jour, lâché prise, et est parti sur les routes à la recherche du Blast - cet instant magique où tout s'illumine et sa vie devient parfaite. Après Le Combat Ordinaire, le nouveau chef-d'oeuvre de Manu Larcenet est un pavé de 200 pages en noir et blanc d'une époustouflante beauté formelle.

Ce que j’en pense :
Difficile de parler de cette bande-dessinée, qui plus qu’une simple lecture est une véritable expérience. Il s’est d’ailleurs écoulé un bon moment avant que je ne puisse écrire cet article... Pourtant les sensations restent vives. L’histoire se situe au second plan, pour focaliser toute notre attention sur son personnage principal, Polza Mancini, sur lequel il est bien difficile de se forger une opinion : surprise, compréhension, empathie, dégoût, rejet, compassion...  telles sont les nombreuses sensations qu’il inspire. Il est à la fois compréhensible et répréhensible, en tout cas jamais définitif.
L’aspect graphique de Blast contribue très largement à provoquer ces sentiments. Un soin particulier a été apporté aux textures, alors que la plupart des dessins mélangent encre de Chine et aquarelle noire, créant ainsi une ambiance très particulière. Parfois, certaines cases viennent radicalement rompre avec ces codes, modifiant ainsi ponctuellement l’univers. Le résultat est impressionnant.
Ma seule réserve se situe dans les révélations finales, ou plutôt la forme que celles-ci prennent. Manu Larcenet nous en dit trop ou pas assez. Pour ma part j’aurais sans doute préféré un peu plus de mystère, ce qui m’aurait paru plus cohérent avec le reste de l’oeuvre.

Conclusion :
Une bande-dessinée tout à fait singulière

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
la tourmente
la plénitude
les odeurs



12 décembre 2015

Mélanie Fazi : Notre-Dame aux écailles

Ce que l’éditeur nous dit :
Saviez-vous qu’à Venise, qui vole des soupirs encourt la vengeance de la ville ? Connaissez-vous vos plus sensuelles métamorphoses, lorsque vous êtes loup, lorsque vous devenez lionne ? Avez-vous déjà pris un fleuve pour amant ? Partez à la découverte des troubles secrets de l’âme et des lieux les plus hantés : une villa qui palpite de vies enfuies, l’océan dont certains ne reviennent plus tout à fait humains, ou encore ce train de nuit qu’empruntent ceux qui cherchent l’oubli... Mais attention : de ces voyages intimes et inquiétants, on ne rentre pas indemne.

Ce que j’en pense :
Plus qu’enchantée par son autre recueil de nouvelles, j'espérais à nouveau que la magie opère avec Notre-Dame-aux-Ecailles. Si l’ensemble m’a plu, je dois dire que je me suis moins laissée absorber par cet ouvrage, au contenu inégal. Certaines nouvelles, telles que En forme de dragon ou encore Langage de la peau ont effectivement provoqué cette même fascination, tandis que j’ai peiné pour terminer Noces d’écume. Comme pour Serpentine, au travers de lieux et de personnages très variés, on retrouve dans tous ses écrits une sorte de mélancolie mêlée à une force de vie, sauf qu’ici la balance penche peut-être légèrement plus en faveur de la mélancolie. Dans l’ensemble, on retrouve cette même écriture toujours aussi exquise, cet univers hors du commun et hors du temps, dans lequel la raison ou des explications n’ont pas leur place, où seules comptent les sensations.
Mélanie Fazi a un talent incroyable pour réussir à poser des mots sur ce qui est impalpable, sur les odeurs, les mélodies, pour faire prendre vie à ce qui paraît inanimé... On a l’impression de toucher du doigt les profondeurs de l’humanité.

Conclusion :
Fascinante Mélanie.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
la buée
la bestialité
les transferts
les marques


21 novembre 2015

Eric-Emmanuel Schmitt : La femme au miroir

Ce que l’éditeur nous dit :
Anne vit à Bruges au temps de la Renaissance, Hanna dans la Vienne impériale de Sigmund Freud, Anny à Hollywood de nos jours. Toutes trois se sentent différentes de leurs contemporaines; refusant le rôle que leur imposent les hommes, elles cherchent à se rendre maîtresses de leur destin. Trois époques, trois femmes: et si c'était la même?

Ce que j’en pense :
Dans le style simpliste et sans fioriture d’Eric-Emmanuel Schmitt, on reconnaît l’écrivain prolifique, celui que l’on soupçonne de rechercher le profit avant tout. Malin, il nous donne assez de contenu pour nous attacher à ses héroïnes, pour nous donner un sentiment de profondeur derrière les lignes. Il a fait ses devoirs, afin de rendre ses personnages crédibles, pour placer le contexte des époques, pour créer du liant entre les trois histoires. Et ça fonctionne : j’ai passé un très bon moment en compagnie des ces femmes. La touche féministe, l’interrogation sur la recherche du bonheur, l’évolution des normes et pressions sociales dans le temps, sont autant de leviers faciles que l’auteur manie avec adresse. Si sa plume ne vous transportera pas, le professionnalisme d’Eric-Emmanuel Schmitt est indéniable.

Conclusion :
Un bon roman, efficace.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les loups
les millefiori
les boules à facettes
le dépassement de soi


14 novembre 2015

Kang Han : La végétarienne (채식주의자)

Ce que l’éditeur nous dit :
Une nuit, elle se réveille et va au réfrigérateur, qu’elle vide de tout ce qu’il contenait de viande. Guidée par son rêve, Yonghye a désormais un but, devenir végétale, se perdre dans l’existence lente et inaccessible des arbres et des plantes.
Ce dépouillement qui devient le sens de sa vie, le pouvoir érotique, floral, de sa nudité, vont faire voler en éclats les règles de la société, dans une lente descente vers la folie et l’absolu.

Ce que j’en pense :
Contrairement à ce que le titre laisse imaginer, il ne s’agit pas ici d’une ode au végétarisme, ni à aucun autre régime d’ailleurs. Quelques jours après cette lecture, je ne suis pas très sûre de savoir quel était le message de l’auteur, mais cela n’a finalement pas d’importance au rapport des émotions qu’elle a bel et bien réussi à me transmettre.
La structure de ce livre se découpe en trois parties, qui alternent trois narrateurs/acteurs de cette histoire. On démarre par l’étonnement froid du mari, pour passer ensuite à la fascination poétique du beau-frère (le chapitre que j’ai trouvé le plus beau), avant de terminer par le désespoir, puis l’acceptation de la soeur. Par son comportement, Yonghye, qui ne demande pourtant rien à personne, dérange et déroute, car elle renvoie les autres à leurs propres limites. Parce qu’elle sort de la norme, elle remet cette dernière en question, déstabilisant ceux qui pour qui la remise en cause est intolérable, ou au contraire encourageant ceux pour qui les standards ne fonctionnent pas. Il me semble que c’est que c’est la première fois que je lis un auteur coréen. Si l’atmosphère n’est pas tout à fait la même (au-delà des caractéristiques propres à chaque écrivain bien sûr), on y retrouve cette frustration et ce malaise des sociétés asiatiques trop conformistes, couplée à une sorte d’acceptation résignée. Intéressant.

Conclusion :
Un roman subtil et riche en émotions.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les fleurs
l'oppression
la nudité
les racines




27 septembre 2015

Eduardo Mendoza : Sans nouvelles de Gurb (Sin noticias de Gurb)

Ce que l’éditeur nous dit :
Gurb a disparu dans Barcelone, dissimulé sous les traits de Madonna. Précision: Gurb est un extraterrestre. Parti à sa recherche sous une apparence moins voyante, son coéquipier tient scrupuleusement le journal de ses observations. Une satire délirante et désopilante de notre monde moderne.

Ce que j’en pense :
En 70 pages et principalement des dialogues/monologues (il n’est pas rare qu’un paragraphe se compose d’une ligne unique), Eduardo Mendoza propose une divertissement de très bonne facture, où l’absurde est roi. Il pourra être décortiqué, analysé sous tous les angles, pour comprendre les différents aspects de la société (et leur absurdité donc) que l’auteur aura voulu pointer du doigt. Mais il pourra aussi être apprécié dans toute sa simplicité, à l’image de son personnage principal, si naïf, si dévastateur pour son entourage et si attachant. C’est animée de ce second état d’esprit que j’ai souri, parfois même franchement ri, au fil des pages de ce roman sans prétention.

Conclusion :
Rafraîchissant.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les beignets
les scorpions
l’alcool
l’agitation de la mer


25 septembre 2015

Octavia E. Butler : Novice (Fledgling)

Ce que l’éditeur nous dit :
Imaginez une enfant de 10 ans, noire et amnésique, cherchant ceux qui l'ont laissée pour morte dans une forêt après avoir décimé sa. famille. Traquée par des ennemis invisibles, elle remonte bientôt le fil de sa vie pour découvrir qu'elle est en réalité âgée de 53 ans, dotée de pouvoirs surnaturels et d'une sexualité aussi vitale qu'ambiguë...

Ce que j’en pense :
Les vampires, comme vous ne les aviez jamais vus ! C’est ce principe qui m’a attiré vers cette lecture, qui utilise un concept appartenant à l’univers de la fantasy pour le traiter comme un sujet contemporain. Il aurait aussi bien pu s’agir d’un roman relatant d’une communauté religieuse ou d’une tribu aux mœurs singulières.
L’histoire se lit bien, et le personnage principal est compréhensible. A mon sens c’est également cette cohérence qui ne le rend qu’à moitié attachant. Il s’agit d’une personne très sensée, qui analyse et embrasse ses émotions avec beaucoup d’honnêteté envers elle-même, beaucoup de recul. Peut-être trop de recul. Elle ne commet tout simplement aucune erreur, pas réellement.
A noter également une fin qui prend son temps pour se mettre en place, toujours aussi logiquement, tellement attendue finalement qu’elle laisse une petite frustration. Une coupure plus nette aurait sans doute été plus marquante. Si j’ai beaucoup apprécié le parcours de Novice, j’avoue qu’il manquait un petit truc pour que je sois totalement séduite. Malgré ces quelques détails, beaucoup de très bonnes choses tout de même, notamment dans des sous thématiques qui appellent à la tolérance. Si ce roman ne s’élève pas à un statut majestueux, il laisse entrevoir la maîtrise de la plume qui l’a mis sur papier.

Conclusion :
Une auteure que je serais ravie de retrouver au détour d’une prochaine lecture.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les symbioses
les addictions
la jalousie
l’évolution

19 août 2015

Alessandro Baricco : Soie (Seta)

Ce que l’éditeur nous dit :
Vers 1860, pour sauver les élevages de vers à soie contaminés par une épidémie, Hervé Joncour entreprend quatre expéditions au Japon pour acheter des œufs sains. Entre les monts du Vivarais et le Japon, c'est le choc de deux mondes, une histoire d'amour et de guerre, une alchimie merveilleuse qui tisse le roman de fils impalpables. Des voyages longs et dangereux, des amours impossibles qui se poursuivent sans jamais avoir commencé, des personnages de désirs et de passions, le velours d'une voix, la sacralisation d'un tissu magnifique et sensuel, et la lenteur, des saisons et du temps immuable.

Ce que j’en pense :
Une nouvelle d’une cinquantaine de pages, qui se lira vite mais ne s’oubliera pas de si tôt. Difficile de mettre exactement le doigt sur ce qui fait toute la magie de ce livre. Je dirais certainement son écriture, belle bien sûr, mais surtout bourrée de second degré derrière une apparence très minutieuse et spécifique. L’histoire extravagante d’un homme simple, voilà qui pourrait résumer le contenu, sans pour autant ne rien en dire vraiment. Pour cela, il va vous falloir le lire.

Conclusion :
Une bien jolie nouvelle.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les oiseaux
les correspondances
les traductions
le lac Baïkal



4 août 2015

Mark Osborne - Antoine de Saint-Exupéry : Le Petit Prince

Ce que le synopsis nous dit :
C’est l’histoire d’une histoire.
C’est l’histoire d’une petite fille, intrépide et curieuse, qui vit dans un monde d’adultes.
C’est l’histoire d’un aviateur, excentrique et facétieux, qui n’a jamais vraiment grandi.
C’est l’histoire du Petit Prince qui va les réunir dans une aventure extraordinaire.

Ce que j’en pense :
Comme tout le monde, j’avais déjà lu le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry, mais je l’avais découvert à plu de 20 ans, alors que j’entrais déjà dans l’âge adulte. J’avais trouvé ça intéressant mais pas si marquant, pas si exceptionnel.
Aujourd’hui, le Mark Osborne me permet de voir les choses un peu différemment. La manière dont il met en perspective ce conte dans une autre histoire est tout à fait à propos. L’histoire m’a ainsi paru plus compréhensible, tandis que certaines interrogations ont vu le jour, m’amenant à lire le livre une nouvelle fois après la séance. Je ne sais pas si je suis vraiment plus avancée, mais je vais juste accepter que c’est comme ça.
Le Petit Prince parle d’enfance et de naïveté, mais se situe finalement à la frontière de l’âge adulte. Certaines choses ne peuvent vraiment s’apprécier, l’imagination exulter, qu’à travers la simplicité de l’enfance, tandis que d’autres ne peuvent être estimées à la juste valeur qu’après un certain apprentissage. Car pour ce Petit Prince aussi bien que cette petit fille, c’est d’un voyage initiatique dont il s’agit.
Et je ne peux pas résister à la voix d’André Dussolier.

Conclusion :
Du rire et des larmes, pour une histoire qui aura marquée des générations de grands enfants.

A voir si vous voulez en savoir plus sur :
les chapeaux
les aimants
les cavernes d’Ali Baba
les ceintures de sécurité


5 mai 2015

Orson Scott Card : La stratégie de l’Ombre (volumes 1 et 2) (Ender's Shadow)

Ce que l’éditeur nous dit :
Pour Bean, l'existence se résume à un seul mot : survivre. Sa fuite, à l'âge d'un an, de la clinique clandestine où il a été conçu artificiellement le conduit droit dans l'enfer des bas-quartiers de Rotterdam, où la violence, la drogue et la prostitution deviennent son quotidien. Grâce à son incroyable intelligence, il s'attire cependant l'attention des pontes de la Flotte Intergalactique, qui voient en lui un nouvel Ender Wiggin. Ender Wiggin, le légendaire gamin surdoué chargé d'orchestrer la contre-attaque contre les formiques. Ender Wiggin, le dernier espoir de l'humanité. Enfin, jusqu'à maintenant, car Bean n'a pas choisi d'intégrer, l'école de guerre pour faire de la figuration

Ce que j’en pense :
La saga d’Ender déjà achevée depuis longtemps, quel plaisir de pouvoir replonger ainsi dans l’univers d’Orson Scott Card. Le premier tome en particulier, qui retrace du point de vue de Bean les années à l’école de la guerre fut un véritable bonheur, que j’ai dévoré rapidement. Depuis l’écriture de la Stratégie Ender, bien des années se sont écoulées, permettant à l’écrivain de perfectionner son art, qui a ainsi su, à partir de personnages et d’une trame similaire, d’apporter un aspect vraiment différenciant, une vraie fraîcheur à son histoire (même si les protagonistes sont toujours autant “trop forts pour être vrais”).
Il en va différemment avec L’Ombre de l’hégémon, dont la vocation est uniquement socio-politique, à grand renforts de jeux internationaux. L’auteur s’est sans doute bien amusé à imaginer intrigues, incidents diplomatiques et traîtrises entre quelques grandes nations de notre planète. Personnellement je me suis rapidement ennuyée. Déjà, parce qu’il faut bien avouer que les enjeux internationaux ne m’intéressent pas tant que ça, et a fortiori quand ils sont inventés de A à Z (pour le coup, je trouve cela tout de même très prétentieux). Soulagée d’en voir le bout, je ne m’attaquerais certainement pas aux volumes suivants. Je reprendrais éventuellement aux Rejetons de l'ombre, qui parait à nouveau prendre un nouvel angle de perspective. Au moins, on ne pourra pas reprocher à l’auteur de ne pas essayer de nouvelles choses.

Conclusion :
Ravie d’en savoir plus sur l’enfance de Bean,je reste dubitative sur le reste du cycle de l’ombre.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les rations
les modèles
la culpabilité
les langues




25 avril 2015

Michael Cunningham/Stephen Daldry : Les heures (The hours)

Ce que l’éditeur nous dit :
Clarissa, Virginia et Laura : trois femmes, trois journées particulières dont les heures résonnent de subtils et sublimes échos jusqu'à l'incroyable révélation finale. Ce roman magistral, porté par la grâce, est hanté par le génie et les démons de Virginia Woolf. Adapté avec un immense succès au cinéma, il a reçu les prestigieux prix Pulitzer et Pen Faulkner Award. 

Ce que j’en pense :
Quelle oeuvre bien singulière que celle des Heures, dans son format écrit originel aussi bien que dans son adaptation cinématographique. Le roman, assez court au final (ce qui ne n'empêche beaucoup de profondeur), n’a quasiment rien perdu une fois transcrit à l’écran, au contraire. L’angle de vue est légèrement décalé de l’un à l’autre : alors que Stephen Daldry met l’accent sur le mal-être des trois héroïnes (les craquages, les pleurs, etc), Michael Cunningham se focalise quant à lui sur l’attrait que la mort exerce sur elles, telle la promesse d’une douce délivrance (le résultat est certes le même, mais le cheminement est différent). Quand l’écrit permet beaucoup plus d’introspection, l’image a su mieux mettre en avant les parallèles entre ces trois femmes et montre plus explicitement les liens qui les rattachent. Quel que soit le support, quelle fascinante épopée que cet éternellement recommencement de l’histoire, quel bel hommage à la littérature, là où l’écrivain, le personnage et le lecteur se croisent...
Seul petit bémol : j’avais un souvenir extrêmement fort des Heures, lu/vu à la sortie du film en 1998, tandis que cette redécouverte m’a moins transportée, sûrement à cause d’un état d’esprit différent (car il ne semble pas que l’un ou l’autre ait mal vieilli). Ce qui n’a pas changé : à l’époque cela m’avait donné envie de découvrir Virginia Woolf, ce n’est toujours pas fait mais c’est toujours prévu.

Conclusion :
Une histoire immuable.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les fleurs
les gâteaux
les mots
l’envie de bien faire




6 avril 2015

Dai Sijie : Balzac et la petite tailleuse chinoise

Ce que l’éditeur nous dit :
Dans la Chine de Mao, savoir lire, c'est déjà faire partie des intellectuels. Et on ne badine pas avec les intellectuels : on les envoie se rééduquer dans les campagnes, travailler dans des rizières ou dans des mines. C'est ce qui est arrivé au narrateur et à son ami Luo, si jeunes et déjà marqués du sceau infamant d'"ennemis du peuple". Pour ne pas sombrer, ils ont heureusement encore quelques histoires, quelques films à se raconter, mais cela fait bien peu. Jusqu'à ce que, par miracle, ils tombent sur un roman de Balzac : petit livre à lire en cachette, tellement dangereux, mais tellement magique, qui changera le cours de leur vie en leur ouvrant la porte de la fille du tailleur, en rendant possible ce qui ne l'aurait jamais été...

Ce que j’en pense :
Cela fait bien des années que j’envisageais de lire ce roman, malgré une première expérience mitigée avec l’auteur. Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre, mis à part à une apologie de Balzac... Et bien non. Si l’auteur classique est bien évoqué en termes élogieux, il n’en reste qu’un accessoire dans le déroulé des événements qui nous sont contés. J’ai beaucoup apprécié la simplicité avec laquelle le sujet principal est abordé : au-delà des amourettes de jeunesses, Dai Sijie ne nous décrit pas moins que la révolution culturelle du régime de Mao, avec beaucoup de justesse mais sans jamais tomber dans le pathos. Cet aspect se retrouve également dans une écriture très fluide, sans fioritures. On lit entre les lignes toute l’absurdité et les conséquences dramatiques ayant résulté de cette dizaine d’années d’oppression. En même temps, la vie a continué, où même dans un petit village perdu au milieu des montagnes, la jeunesse a fait de son mieux pour grandir.
Si au final Balzac et la petite tailleuse chinoise n’aura pas été une “révolution” pour moi, j’ai passé un excellent moment de lecture.

Conclusion :
Une lecture sympathique, avec l’intérêt d’une sujet “grave” abordé sans gravité excessive.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les valises
les corniches
les réveils
le violon



25 mars 2015

Douglas Adams : Le Guide galactique, tomes 1 à 3 (H2G2, The Hitchhiker's Guide to the Galaxy)

Ce que l’éditeur nous dit :
Comment garder tout son flegme quand on apprend dans la même journée : que sa maison va être abattue dans la minute pour laisser place à une déviation d'autoroute ; que la planète Terre va être détruite d'ici deux minutes, se trouvant, coïncidence malheureuse, sur le tracé d'une future voie express intergalactique ; que son meilleur ami, certes délicieusement décalé, est en fait un astro-stoppeur natif de Bételgeuse, et s'apprête à vous entraîner aux confins de la galaxie ?
Pas de panique !
Car Arthur Accroc, un Anglais extraordinairement moyen, pourra compter sur le fabuleux Guide galactique pour l'accompagner dans ses extraordinaires dérapages spatiaux moyennement contrôlés.

Ce que j’en pense :
Malheureusement, je ne connaîtrais jamais le secret de l’univers, ni la question dont la réponse est 42. Arrivée à ce troisième volume de H2G2, mon intérêt allant décroissant, je décide de m’arrêter là. Les deux premiers volumes recelaient pourtant d’excellentes idées, avec plus d’un élément amené avec sacrément d’intelligence, entre humour, absurde et questions existentielles. Je comprend sans peine le mouvement que cette série a pu initier, tout autant que la pérennité de toutes les références qui y sont faites dans l’univers geek. Le problème c’est que Douglas Adams finit par se perdre dans son “intergalacticité”, passant de décalé à complètement paumé, donnant l’impression de ne pas savoir lui-même où il veut en venir (mes  investigations internet m’ont permises d’arriver à la conclusion que cette tendance perdurait jusqu’à la fin du cycle). J’ai aussi trouvé dommage la manière dont certains personnages sont mis de côté, tandis qu’Arthur ne me semble pas du tout le plus intéressant d’entre eux...

Conclusion :
Excellent... jusqu’à un certain point.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les auto-manipulation
le centre de l’univers
les erreurs administratives
les attentes