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30 juin 2016

Thomas Mathieu : Les crocodiles

Ce que l’éditeur nous dit :
Thomas Mathieu illustre des témoignages de femmes liés aux problématiques comme le harcèlement de rue, le machisme et le sexisme ordinaire. Son travail s'inscrit dans un mouvement plus large de prise de conscience et d'une nouvelle génération de féministes qui utilisent internet pour réfléchir et informer sur des concepts tels le "slut-shaming" ou le "privilège masculin". Dans ses planches, les décors et les personnages féminins sont traités en noir et blanc de manière réaliste tandis que les hommes sont représentés sous la forme de crocodiles verts. Le lecteur ou la lectrice est invité à épouser le point de vue de la femme qui témoigne et à questionner le comportement des crocodiles particulièrement quand ils endossent le rôle stéréotypé de dragueurs/ prédateurs/dominants.

Ce que j’en pense :
En découvrant les premières pages des Crocodiles, j’ai failli regretter son emprunt à la bibliothèque : une qualité de dessin très moyenne et surtout des zigounettes en veux-tu en voilà, vertes de surcroît (couleur reptile oblige) ! Mis à part me mettre mal à l’aise, je ne voyais pas vraiment le but. Puis j’ai réalisé que c’est précisément parce que cela m’embarrassait qu’il fallait poursuivre, a fortiori parce que bien des situations décrites je les avais déjà vécues, ce qui m’avait autrement plus dérangée que de les découvrir sur papier.
Dans le même temps, je suis tombée sur cette vidéo, dans laquelle une jeune fille raconte une journée qui avait si bien commencée, pour se ternir au fur et à mesure des remarques déplacées qu’elle reçoit, une somme de petites choses “sans conséquences” qui font qu’en rentrant chez elle se sent mal, sale. Cela aussi je l’ai vécue et je ne suis certainement pas une exception.
Bref, le problème est bel et bien là et je trouve que le fait qu’il soit abordé par un homme a d’autant plus de poids. Car qu’une autre chose très importante que j’ai réalisée durant cette lecture est le fait que nombre de ces “crocodiles” étaient des hommes lambda, voire que j’en avais dans mon entourage : des garçons “gentils”, qui pensent bien faire, sans aucune mauvaise intention, mais qui font tout de même du mal sans s’en rendre compte. Il y a un vrai travail de fond à faire pour remettre certaines choses en question, réapprendre aux individus à mieux respecter les autres, leurs besoins et leurs envies, à accepter que “non” c’est “non” et pas “peut-être” (même si on nous a dit qu’il fallait être persévérant pour avoir ce qu’on voulait dans la vie, car à quel prix ?). Il faut voir la violence de certaines réactions lorsque des femmes émettent par exemple l’idée “d’attendre d’en avoir vraiment envie avant d’avoir des pratiques sexuelles avec quelqu’un”, qui décrivent des situations machismes qu’elles ont vécues, ou tout simplement quand quiconque prononce le mot “féministe”. Tous ces propos n’engagent que leurs auteurs, ce qui il me semble ne peut être remis en question, pourtant on dirait que des personnes (des hommes et des femmes) se sentent personnellement attaqués par cela, ce qui est une preuve supplémentaire du malaise général sur ces sujets.
Toutes ces idées sont très bien illustrées par Thomas Mathieu. Elles sont appuyées par des textes complémentaires fort à propos en fin d’ouvrage, qui m’ont définitivement convaincue de la qualité de ce bouquin.

Conclusion :
J’encourage le plus grand nombre à découvrir le projet crocodile.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
le projet crocodile
les compliments
les gentillesses
les envies

Sondage Bizz & Miel : cliquez ici, merci !!



13 mai 2016

Lisa Tuttle : Ainsi naissent les fantômes

Ce que l’éditeur nous dit :
Recueil de six textes fantastique inédits en France. Lisa Tuttle explore des thèmes, utilise des ambiances variées qui plongent le lecteur tour à tour dans la stupéfaction, la fascination, l’horreur, voire même, peut-être pour les plus sensibles, le malaise. Le lecteur trouvera dans l’interview qui clôt le recueil, réalisée à l’occasion de la présente publication, des éléments supplémentaires pour appréhender un auteur dont l’écriture et l’imagination ont fait parler d’elles et pourraient bien devraient, même recommencer à le faire.

Ce que j’en pense :
Sélectionnées et transposées en français par la prodigieuse Mélanie Fazi, ces six nouvelles m’ont complètement transportée. La traductrice nous raconte l’influence que Lisa Tuttle a eu sur son parcours d'écrivain et en effet  les univers de ces deux auteurs présentent de nombreuses similitudes. Toutes deux favorisent la présence de protagonistes féminins, des ambiances légèrement angoissantes, étranges, mais toujours empreintes de poésie et sans jamais tomber dans le glauque. Il m’a semblé que la française entrait plus pleinement dans le fantastique, mais toute deux se jouent avec beaucoup de subtilité de cette mince frontière entre la réalité et le surnaturel. Et le plus fou, c’est que les sujets traités par Lisa Tuttle sont finalement très réalistes, au travers de ses personnages si charnels, si imprévisibles, si complexes et si ... humains. Avec elle le dénouement n’est jamais couru d’avance.

Conclusion :
Étrange, poétique et saisissant.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les grottes
les déboires d’écrivain
la manipulation
le pouvoir de l’imagination

SFFF & D. : item19



22 mars 2016

Raymond Queneau : Exercices de style

Ce que l’éditeur nous dit :
Le narrateur rencontre, dans un autobus, un jeune homme au cou long, coiffé d’un chapeau orné d’une tresse au lieu de ruban. Le jeune voyageur échange quelques mots assez vifs avec un autre voyageur, puis va s’asseoir à une place devenue libre. Un peu plus tard, le narrateur rencontre le même jeune homme en grande conversation avec un ami qui lui conseille de faire remonter le bouton supérieur de son pardessus. Cette brève histoire est racontée quatre-vingt-dix-neuf fois, de quatre-vingt-dix-neuf manières différentes. Mise en images, portée sur la scène des cabarets, elle a connu une fortune extraordinaire. Exercices de style est un des livres les plus populaires de Queneau.

Ce que j’en pense :
Si j’étais ressortie offusquée (oui oui) de la lecture de Zazie dans le métro, je ne doutais pas de la capacité de son auteur à manipuler les mots à sa guise. Et avec le présent ouvrage, cette impression se confirme au-delà de toute espérance. J’ai été subjuguée par ce recueil qui, partant d’une histoire simpliste, parvient à nous emporter dans le monde fascinant de la figure de style (un sacré tour de force). Raymond Queneau a ici non seulement fait preuve d’une grande habileté d’écriture, mais également d’une large imagination, lui permettant de se réinventer pas moins de 99 fois (et je le soupçonne avoir été apte à dépasser ce nombre). Il s’impose des contraintes, préceptes grammaticaux existants ou façonnés pour l’occasion, qu’il suit à la lettre mais pour finalement mieux s’en affranchir, jouant avec les règles et la langue au gré de ses envies. C’est maîtrisé, et c’est surtout très amusant pour peu que l’on apprécie la magie des mots : on se délecte de la multiplicité des styles, on se félicite des énigmes déjouées, on savoure des tournures prononcées à voix hautes.  Dire qu’il se paye même le luxe d’un dénouement !

Conclusion :
Il est fort. Très fort.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les bus
la mode
les chapeaux
la lâcheté



1 décembre 2015

Robert Fisher : Le chevalier à l'armure rouillée (The knight in rusty armor)

Ce que l’éditeur nous dit :
II y a fort longtemps, un vaillant chevalier combattait les méchants, tuait des dragons et sauvait les demoiselles en détresse. II se croyait bon, gentil et plein d'amour. II était très fier de sa magnifique armure qui brillait de mille feux, et ne la quittait jamais, même pour dormir. Seulement, un beau jour, en voulant l'enlever, il se retrouva coincé... Ainsi commença pour lui une quête initiatique, à la recherche de sa véritable identité, au gré de rencontres insolites et d'épreuves riches d'enseignement. En parvenant au "Sommet de la Vérité", il deviendra alors ce qu'il n'avait jamais cessé d'être, un homme au coeur pur, libre de toute illusion et de peur. Cette nouvelle quête du Graal, d'un humour délicieux, fait partie de ces "grands petits livres" comme Le Petit Prince et Jonathan Livingston le goéland. La limpidité, la profondeur du Chevalier à l'armure rouillée, qui parle au coeur et à l'âme, en font un conte d'une portée universelle.

Ce que j’en pense :
Le chevalier à l'armure rouillé, c'est un livre qui a sa place dans mes étagères depuis plus de 10 ans. Alors en quête de moi-même, je l'avais acquis sur le conseil d'une personne bienveillante, mais n'avais pas été capable de dépasser la lecture du premier chapitre. Aujourd'hui, à nouveau en période de changement, j’ai rouvert puis terminé ce bouquin. C'était le bon moment, j’étais prête à accueillir cet enseignement. Il s'agit d'un conte philosophique, comme il en existe sûrement tant d'autres. Pourtant celui-là en particulier a résonné pour moi. J'ai trouvé que le ton était plus adulte que celui que l'on trouve habituellement dans cette catégorie littéraire. Il y a quelque chose de très moderne dans l’écriture, faisant qu'aucun effort n'est requis pour transposer cette histoire de chevalier à notre époque, à notre propre situation. Cela sonne juste. Sans surprise les messages transmis sont au final très simples, élémentaires même, mais nécessiteront une certaine dose de perspicacité pour être intégrés (j’aurais probablement tout intérêt à parcourir à nouveau cet ouvrage de temps à autre).

Conclusion :
Idéal pour partir à la recherche de soi-même, et peut-être même se trouver.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les portes
les petites pièces
les dragons
les montagnes



28 novembre 2015

Sándor Márai : Les braises (A gyertyák csonkig égnek)

Ce que l’éditeur nous dit :
Reconnu comme l'un des plus grands auteurs de la littérature hongroise et l'un des maîtres du roman européen, l'écrivain Sandor Marai (1900-1989) s'inscrit dans la lignée de Schnitzler, Zweig ou Musil. L'auteur des Révoltés, des Confessions d'un bourgeois ou de La Conversation de Bolzano n'a eu de cesse de témoigner d'un monde finissant, observant avec nostalgie une Europe mythique sur le point de s'éteindre A travers la dramatique confrontation de deux hommes autrefois amis, Les Braises évoque cette inéluctable avancée du temps. Livre de l'amitié perdue et des amours impossibles, où les sentiments les plus violents couvent sous les cendres du passé, tableau de la monarchie austro-hongroise agonisante, ce superbe roman permet de redécouvrir un immense auteur dont l'œuvre fut interdite en Hongrie jusqu'en 1990

Ce que j’en pense :
C'est l'histoire de deux amies de longue date. Leur confiance mutuelle est totale, solidement construite au cours des années, et si de temps à autre une touche d'incompréhension vient voiler ce beau tableau, rien ne parvient jamais à l'entacher tout à fait. La première lit un roman sur l'amitié, se reconnaît dans les sentiments dépeints et décide de l'offrir à la seconde. Cette dernière est en pleine phase de remise en question, et le livre vient à point nommé, comme un point d'ancrage dans la tempête. Alors que cette passionnante traversée arrive à son terme, au moment de ces révélations finales qui ne sont que le début d'un nouveau voyage, elle part quelques jours dans un endroit inconnu avec une tierce personne de sa connaissance. Cette relation-là est de nature différente, car très récente. Pourtant au cours de ces heures passées ensemble, les deux femmes vont se découvrir, se conter leurs histoires, partager leurs doutes, leurs faiblesses, leurs forces, elles vont se reconnaître l'une dans l'autre. La magie va opérer, et une nouvelle amitié va naître. De retour sur Paris, la seconde va alors décider, à son tour, de donner un exemplaire du "meilleur roman sur l'amitié" à la troisième. C'est ainsi que je me suis retrouvée avec Les Braises entre les mains. Je la remercie chaudement pour son cadeau si généreux, et s’il s’agit aussi d’un bouquin, je veux surtout parler de ces moments précieux. J’espère que nombreux seront ceux à venir.
Même s'il n'était pas vraiment nécessaire de le préciser, oui le texte de Sándor Márai est magnifique. Et Vienne... La véritable amitié est rare, mais elle est également multiple, c'est pourquoi je vais profiter de cet article un peu hors norme pour adresser ma profonde affection aux amis qui me sont si chers.

Conclusion :
Merci ❤❤

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
la musique
les vocations
la patience
la confiance



27 octobre 2015

Marshall B Rosenberg : Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) : introduction à la communication non violente (Nonviolent communication: a language of life)

Ce que l’éditeur nous dit :
La plupart d’entre nous avons été éduqués dans un esprit de compétition, de jugement, d’exigence, et de pensée de ce qui est « bon » ou « mauvais ». Au mieux, ces conditionnements peuvent conduire à une mauvaise compréhension des autres, au pire, ils provoquent colère ou frustration, et peuvent conduire à la violence. Une communication de qualité entre soi et les autres est aujourd’hui une des compétences les plus précieuses. Par un processus en quatre points, Marshall Rosenberg met ici à notre disposition un outil très simple dans son principe, mais extrêmement puissant pour améliorer radicalement et rendre vraiment authentique notre relation aux autres. Grâce à des histoires, des exemples et des dialogues simples, ce livre nous apprend principalement : - à manifester une compréhension respectueuse à tout message reçu, - à briser les schémas de pensée qui mènent à la colère et à la déprime, - à dire ce que nous désirons sans susciter d’hostilité, - à communiquer en utilisant le pouvoir guérisseur de l’empathie. Bien plus qu’un processus, c’est un chemin de liberté, de cohérence et de lucidité qui nous est ici proposé. Cette nouvelle édition est entièrement mise à jour, enrichie de nouveaux cas, d’un chapitre inédit sur la relation compassionnelle à soi-même et d’une préface d’Arun Gandhi, petit-fils du Mahatma Gandhi.

Ce que j’en pense :
Combien de fois avons-nous blessé ou énervé sans le vouloir, combien de situations professionnelles sont devenues insoutenables, combien de fois avons-nous été déçus par autrui, combien de couples se sont séparés, tout cela à cause d’une mauvaise communication, d’une mauvaise approche ou d’une mauvaise interprétation d'intention ? Ce livre, et plus largement les principes de la communication non violente (CNV pour les intimes), me paraissent des outils indispensables pour aller vers un monde plus harmonieux, à l’échelle des individus aussi bien que des nations.
Lorsque l’on comprend les enjeux embarqués dans ce sujet, on conçoit aisément qu’un livre entier ne soit pas de trop pour le traiter, au contraire. Car à première vue la méthodologie, ou plutôt l’état d’esprit, proposée par la CNV est plutôt simpliste. C’est peut-être aussi ce qui fait son efficacité. Mais la mise en pratique est loin de l’être, car elle nécessite beaucoup de remise de question, de prise de recul et certainement de l’expérience. De nombreux exemples sont exposés, mais il en faudrait largement plus pour présenter de manière exhaustive tous les cas de figure possibles. Certains m’ont d’ailleurs paru insatisfaisants dans leur résolution, ce qui prouve bien la difficulté de l’exercice, alors que même un expert en la matière n’a pas réponse à tout.
Je commence progressivement à inclure la CNV dans mon quotidien. Si je fais encore régulièrement des faux pas, je peux en tout cas affirmer avoir constaté de premiers résultats encourageants. Et ne serait-ce que pour la plénitude apportée lorsque l’on fait de son mieux (ce mieux pouvant être différent selon les moment - voir les accords toltèques sur le sujet), j’ai bien l’intention de poursuivre cette route.

Conclusion :
Une lecture indispensable.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
l’empathie
l’intention
les besoins
l’authenticité


21 octobre 2015

Simone de Beauvoir : La femme rompue

Ce que l’éditeur nous dit :
Quatrième de couverture:
«- Dis-moi pourquoi tu rentres si tard.
Il n'a rien répondu.
- Vous avez bu ? Joué au poker ? Vous êtes sortis ? Tu as oublié l'heure ?
Il continuait à se taire, avec une espèce d'insistance, en faisant tourner son verre entre ses doigts. J'ai jeté par hasard des mots absurdes pour le faire sortir de ses gonds et lui arracher une explication :
- Qu'est-ce qui se passe ? Il y a une femme dans ta vie ?
Sans me quitter des yeux, il a dit :
- Oui, Monique, il y a une femme dans ma vie.»

Ce que j’en pense :
Recueil de trois nouvelles consacrées à des femmes blessées, je retiendrai de ce livre l’incroyable capacité de l’auteur à adapter sa plume en fonction des émotions qu'elle veut communiquer.

Dans la première, elle y décrit une femme déçue par son mari, déçue par son fils, et finalement par elle-même. J’ai été très surprise de voir naître de la plume de Beauvoir un personnage ayant si peu de recul sur lui-même, rejetant toute responsabilité. Le processus était intéressant.

S’en suit un monologue, que je n’ai pas été capable de lire dans son intégralité tant le ton était violent et haineux, sans aucun filtre. La jeune fille rangée est bien loin de ce texte.

Mais c’est cette femme rompue qui m’aura le plus marquée. Au fil des pages, on ne sait s’il faut la condamner, la prendre en pitié, ou les deux. On est tantôt saisi de sympathie pour ce personnage trahi par l’homme de sa vie et malmené par les évènements, tantôt on le condamne pour se laisser ainsi berner et accepter si passivement les douleurs qui lui sont infligées. Constamment, Monique se ment à elle-même, tour à tour s’enfonce dans la culpabilité puis dans l'accusation. Pleine de courage, elle cherche désespérément la porte de sortie, sans avoir tout à fait la force de la franchir, face à ce mari plus lâche qu’elle encore. Maurice ne veut pas la blesser, Maurice ne veut pas la perdre, Maurice ne veut surtout pas prendre de décision et encore moins lui dire ce qu’il pense vraiment, car pour cela il lui faudrait déjà être franc avec lui-même. Alors Monique cherche des explications, fait des suppositions et harcèle de questions son entourage, alors que les réponses ne se trouvent que la tête de l’homme qu’elle aime et surtout en sa propre âme et conscience. Elle se morfond, elle souffre, elle se reprend en main et se fait la promesse d’être plus forte, elle craque, elle se ressaisi. Monique est tellement humaine.

Conclusion :
Une recueil saisissant, qui retranscrit admirablement les combats intérieurs.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les choix politiques
la maternité
les idées neuves
les idées ancrées



29 septembre 2015

Simone de Beauvoir : Mémoires d’une jeune fille rangée

Ce que l’éditeur nous dit :
Quatrième de couverture - Sartre répondait exactement au voeu de mes quinze ans : il était le double en qui je retrouvais, portées à l'incandescence, toutes mes manies. Avec lui, je pourrais toujours tout partager. Quand je le quittai au début d'août, je savais que plus jamais il ne sortirait de ma vie. 

Ce que j’en pense :
Ne pas se fier à la quatrième de couverture : si l’on rencontre Sartre au cours des Mémoires d’une jeune fille rangée, il n’y apparaît que très tardivement et brièvement. Il faudra lire le volume suivant des récits autobiographiques de Simone de Beauvoir pour en savoir plus sur les relations de ce couple mythique.
L’auteur nous livre un récit complet de son enfance, qui démarre avec ses plus jeunes années. Le travail de rétrospective qu’elle a réalisé est prodigieux. Avec le supports des journaux qu’elle a tenus tout au long de sa vie, elle parvient à faire revivre l’état d’esprit qui l’habita à chaque étape de sa vie. On ressent sa dévotion chrétienne, sa conviction inébranlable envers ses parents à un certain âge, tandis que plus tard on comprendra son rejet de la religion ou la douleur de ne plus partager toutes les valeurs familiales. Car il ne s’agit pas simplement de faits, mais également de questionnements, de réflexions.
S’il est impossible de vérifier à quel point son récit a été romancé, le résultat de l’exercice n’en est pas moins très convaincant, alors qu’il permet d’avoir une vue d’ensemble sur l’évolution d’un individu. Et pas n’importe quel individu : quelle formidable expérience que de toucher du doigt les pensées d’un tel esprit ! Si sa logique correspond à son époque, elle n’en reste pas moins d’actualité, passionnante.
Et je ne parle même pas de la qualité de la plume...

Conclusion :
Un premier pas délicieux dans l’univers de Simone de Beauvoir.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les intellectuels
la littérature
la honte
la campagne


19 septembre 2015

Claire-Lise Marguier : Le faire ou mourir

Ce que l’éditeur nous dit :
Vus de l’extérieur, ils faisaient plutôt peur, ceux de la bande à Samy, avec leurs coupes de cheveux étranges, leurs vêtements noirs, leurs piercings… Mais le jour où les skateurs s’en sont pris au nouveau du collège, Dam, avec son physique de frite molle, c’est Samy qui s’est interposé et lui a sauvé la mise. Et c’est comme ça qu’ils se sont rencontrés, et que l’histoire a commencé. Samy a essuyé le sang qui coulait de la tempe de Dam, avec sa manche noire. C’était la première fois que quelqu’un le touchait avec autant de douceur…

Ce que j’en pense :
Un roman court (104 pages seulement), mais d’une densité incroyable. N’entendez pas par là peu digeste, au contraire, car l’écriture est fluide et prenante. J’ai encore la chair de poule en repensant à ces dernières pages, que j’ai tournées avec le sentiment d’avoir vécu une aventure incroyable, et inoubliable.
Le sujet est celui de l’adolescence, de la quête de soi même, avec ici la difficulté supplémentaire de l’homosexualité, de se sentir différent. La manière dont se matérialise ici cette souffrance est là fois extrême et, dans une certaine mesure, sûrement plus courante que ce que l’on pourrait imaginer. Claire-Lise Marguier va au-delà de cette thématique finalement assez banale, et nous livre une vraie analyse de la société. Soulignons encore une fois le travail de l’auteur qui parvient à nous parler d'un sujet aussi difficile dans un cadre de lecture aussi facile à aborder. Je recommande vivement cet au ouvrage à la capacité de toucher tous les profils : il serait dommage de passer à côté d’un tel bijou.

Conclusion :
Un concentré d’écriture dosé à la perfection pour une lecture bouleversante.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les looks
le déni
l'incompréhension
l’expression des sentiments

8 août 2015

Benjamin Alire Saenz : Dante et Aristote découvrent les secrets de l’univers (Aristotle and Dante discover the secrets of the universe)

Ce que l’éditeur nous dit :
Ari, quinze ans, est un adolescent en colère, silencieux, dont le frère est en prison. Dante, lui, est un garçon expansif, drôle, sûr de lui. Ils n'ont a priori rien en commun. Pourtant ils nouent une profonde amitié, une de ces relations qui changent la vie à jamais... C'est donc l'un avec l'autre, et l'un pour l'autre, que les deux garçons vont partir en quête de leur identité et découvrir les secrets de l'univers.

Ce que j’en pense :
Je ne m’attendais pas du tout à ça en entamant ce roman. Je n’avais pas du vraiment lire la quatrième de couverture, car le titre m’inspirait plutôt un mélange de science et de philosophie. Mais ce n’est pas ce dont il s’agit ici. Quoi que. Peut-être que cette nomination symbolise le fait que tout ne s’explique pas par des mots ou des concepts. On parle ici de ressentis, de sentiments, et de la grande difficulté à suivre son instinct et à exprimer toutes ces émotions qui nous assaillent. Le sujet est d’autant plus à propos qu’il s’agit ici de l'adolescence, âge de l’apogée des questions existentielles. Mais cela concerne finalement toutes les générations, ce que Benjamin Alire Saenz prend d’ailleurs bien soin de mettre en scène.
J’ai été particulièrement touchée par ce personnage principal qui a tant de mal à accepter d’être aimé par les autres. Il ressent presque cela comme un poids, alors qu’il ne se sent pas à la hauteur des qualités qu’on lui attribue, alors du mal à s’accepter et à s’aimer lui-même. Tout ce processus de dualité, entre son affection et son rejet envers son entourage, est très bien décrit, nous permettant de toucher du doigt toute la réalité de ce paradoxe. Un travail de maître que d’avoir su si bien mettre en scène ce que les paroles souvent tant de mal à décrire. Bravo.

Conclusion :
Un roman magnifique, une écriture toute en subtilités.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les camionettes
la poésie
la contenance
les non-dits

13 juillet 2015

Brigid Schulte : Overwhelmed - Work, Love, and Play When No One Has the Time

Ce que l'éditeur nous dit :
Journalist Schulte manages to take a fairly pedestrian topic, the value of leisure in modern American society, and turn it into a compelling narrative on work, play, and personal achievement. Liberally peppered with her own experiences as a wife, mother, and Washington Post reporter, this artful blend of memoir and cultural exploration asks hard questions about how to create a well-lived life. Is leisure a waste of time, or the only time to “live fully present”? Are we more concerned about a purpose-driven experience, or bogged down in “banal busyness”? Schulte, juggling the demands of children and work while facing conflicts with her spouse over familial responsibilities, realizes that she is mired in busyness. Her discussions with a wide range of experts clarify her concerns and open her mind to the manufactured madness of a competitive culture and the false promise of the ruthlessly dedicated “ideal worker.” Schulte follows every lead to uncover why Americans are so determined to exhaust themselves for work and what has been lost in the process. For Lean In (2013) fans, and everyone who feels overwhelmed.

Ce que j’en pense :
Alors qu’il me semblait avoir complètement perdu le contrôle sur mon emploi du temps (et mon sommeil en particulier - quantitativement et qualitativement), j’ai cherché la solution dans les bouquins (logique). Nombres d’oeuvres existent sur le sujet, entre le mode Getting Things Done de David Allen (s’organiser), Fat, Forty and Fired de Nigel Marsh (faire une crise existentielle) ou en le Be Excellent at Anything de Tony Swartz (bien manger, bien dormir, faire de l’exercice et bien manager). Je n’avais que l’embarras du choix.
Ce qui m’a fait choisir Brigid Schulte au milieu de cette foule, c’est avant tout son approche féminine. Parce qu’il faut reconnaître que nos problématiques et notre façon d’aborder le monde ne sont pas identiques à celles des hommes, et parce que cela augurait d’un regard neuf sur le sujet. Une autre particularité est que, contrairement à ses confrères qui sont penchés sur les détails de notre quotidien, Brigid Schulte a d’abord étudié la question au niveau de la société. Parce qu’on aura beau faire tous les efforts possibles, ils seront toujours vains si l’on ignore les “contraintes inconscientes”. L’idée n’est pas de monter une révolution à l’issu de la lecture, mais de réaliser certains mécanismes pour être capable de s’en détacher, de modifier son approche, et oui peut-être de changer modestement le monde à son échelle.
A noter que cela concernera aussi bien les hommes que les femmes, car ce que la communauté impose aux femmes (inégalité professionnelle, culpabilisation par rapport aux enfants...) se retrouve en reflet dans ce qu’elle impose aux hommes (obligation de faire passer le travail avant la famille, impossibilité d’exprimer des sentiments...). Le monde ne sera jamais parfait, mais chacun devrait pouvoir trouver un certain équilibre en fonction de ses propres envies. A noter que toute cette vision est très américaine, mais certains travers de cette nation permettront également d’apprécier les qualités des nôtres.
Au fur et à mesure que j’avançais dans le livre, je craignais ne jamais voir les solutions venir. L’auteur persistait à faire état de bien des travers, tandis que j’attendais impatiemment savoir que faire de tout cela, concrètement. Et bien non, pas d’exercices journaliers, aucune méthodologie révolutionnaire ne seront révélés. Mais au final cela n’a pas d’importance (et pour ça, il y a toujours d’autres bouquins qui existent), car le but est véritablement une prise de conscience, presque une réflexion philosophique. C’est un bouquin que j’ai lu lentement, le posant et le reprenant, prenant le temps d’ingurgiter les informations et de les traduire sur ce qu’elles signifient pour moi. A l’issu du bouquin, si je n’ai pas radicalement changé mon mode de vie, je me sens plus apaisée, déculpabilisée de certains sujets, j’essaie de voir les choses différemment. Il y a du chemin à parcourir, mais c’est une porte très intéressante qui a été ouverte.

Conclusion :
Une approche différente et décidément très intéressante sur le sujet de la gestion du temps.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
le regard de la profession sur la femme sans enfant
le regard de la profession sur la mère de famille
le regard de la profession sur l’homme sans enfant
le regard de la profession sur le père de famille


13 juin 2015

Marie Kondō : La magie du rangement (人生がときめく片づけの魔法)

Ce que l’éditeur nous dit :
Mettre de l’ordre dans votre intérieur afin d’améliorer votre quotidien et changer littéralement votre vie : voilà de quoi il s’agit ! Vous êtes dubitatif ? Laissez-vous surprendre par la méthode de Marie Kondo qui a déjà séduit plus de 2 millions de lecteurs dans le monde.
Cet essai pratique est une invitation à poser un nouveau regard sur votre vie, à vous centrer sur l’essentiel, sur ce qui vous rend heureux. Comment ? En mettant de l’ordre dans votre intérieur. Pourquoi un tel intérêt pour le rangement ? Parce que la vie commence seulement (véritablement) une fois que l'on a fait du tri.

Ce que j’en pense :
Je triche un peu avec ce livre, que je n’ai pas véritablement lu de bout en bout. Un ami m’en a parlé, puis j’ai fait de nombreuses recherches internet, avant d'obtenir le bouquin en librairie pour compléter mon étude... avant de me lancer moi-même. Il semble qu’un phénomène soit né de cet essai, alors que le web regorge d’articles et vidéos de personnes partageant leur expérience dans le “make over” de leur intérieur. On peut même trouver des séries complètes, avec un épisode par pièce. Cela permet d’apprécier les différentes manières d'interpréter la méthodologie, mais surtout de constater le résultat visuellement. Sur bien des aspects, pas de surprise, il s’agit avant tout de faire un gros tri et de se débarrasser du superflu (plus facile à dire qu’à faire). Étant une personne qui aime naturellement ranger et organiser (même si je suis trèèèèèès loin de la quasi maniaquerie de Marie Kondo), de nombreux points m’ont semblé n’être que du bon sens (ce qui ne les rend pas inutiles pour autant, il est bon de se remémorer les basiques de temps à autre). Mais j’ai eu une révélation sur deux points : le fait de ne garder que des choses qui nous procurent du plaisir (j’ai trouvé ça ridicule lorsque je l’ai lu pour la première fois, mais finalement cela facilite bien des décisions), et surtout le rangement vertical. C’est pour moi sur ce point que s’opère la véritable magie.
J’ai donc consacré quelques heures à réorganiser mon placard en fonction, et c’est vrai qu’il parait maintenant plus joli, plus aéré, plus fonctionnel, et que chaque vêtement a maintenant a place qui lui est dûe (fini les dessous de piles délaissés).
A voir comment si reste toujours aussi formidable à l’usage, mais pas question de retour arrière !

Conclusion :
Ben oui, c’est magique.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les boites
les espaces
la bonne quantité
le bien-être intérieur




20 décembre 2014

Daniel Keyes : Les mille et une vies de Billy Milligan (The Minds of Billy Milligan)

Ce que l’éditeur nous dit :
Quand la police de l'Ohio arrête l'auteur présumé de trois, voire quatre viols de jeunes femmes, elle croit tenir un cas facile : les victimes reconnaissent formellement le coupable, et celui-ci possède chez lui la totalité de ce qui leur a été volé. Pourtant, ce dernier nie farouchement. Ou bien il reconnaît les vols, mais pas les viols. Son étrange comportement amène ses avocats commis d'office à demander une expertise psychiatrique. Et c'est ainsi que tout commence… On découvre que William Stanley Milligan possède ce que l'on appelle une personnalité multiple, une affection psychologique très rare qui fait de lui un être littéralement « éclaté » en plusieurs personnes différentes qui tour à tour habitent son corps. Il y a là Arthur, un Londonien raffiné, cultivé, plutôt méprisant, et puis Ragen, un Yougoslave brutal d'une force prodigieuse, expert en armes à feu. Et bien d’autres. En tout, vingt-quatre personnalités d'âge, de caractère, et même de sexe différents. L'affaire Billy Milligan a fait la une des journaux américains, fascinés par ce cas et par la lutte qu’ont menée les psychiatres et Billy lui-même pour essayer de « fusionner » en un seul individu ses 24 personnalités. Quant au livre, construit comme un véritable drame shakespearien, il est le résultat de mois et de mois de rencontres et d'entretiens entre Daniel Keyes et… Ragen, Arthur, Allen et les autres.

Ce que j’en pense :
Si cet ouvrage est très différent, de part sa construction, des Fleurs pour Algernon, il est au moins aussi intéressant, tout deux montrant l'obsession de Daniel Keyes pour le fonctionnement du cerveau humain. La distinction fondamentale se trouve dans le fait que le premier livre était totalement fictif, tandis que Billy Milligan a bien existé. La manière dont l’auteur se met en scène lorsque son tour vient d’apparaître dans la vie de Milligan prête à sourire, par la modestie avec laquelle il essaye de rester “discret”.
Pour ma part j’ai été fascinée du début à la fin (que j’ai presque été soulagée d’atteindre, pour enfin être capable de poser ce livre si obsédant). Ce qui m’a le plus interloqué est l’intelligence qui réside dans ce principe de multiple personnalités. Certes ce n’est pas viable pour vivre en société (et autres inconvénients divers), mais loin d’être une folie, il s’agit d’un mécanisme de défense sacrément efficace. Billy Millligan, dans un seul corps était à la fois, un athlète exceptionnel, un être d’une culture et d’une logique incroyable, un empathe, un artiste peintre avéré, un musicien. Il y a de quoi faire rêver (bon sauf que les qualités négatives aussi sont exacerbées...). A titre d’exemple, notons que des instruments différents étaient joués par plusieurs des personnalités (l’une du piano, l’une de la batterie, etc.), mais qu’une fois celles-ci fusionnées, le nouveau Billy, somme de ces qualités, jouait un peu moins bien de tous. Comme si le cerveau était effectivement plus efficace lorsque compartimenté. Et j’ai par la même mieux compris l’un des personnages de Vision Aveugle, dont le cerveau est intentionnellement divisé en plusieurs personnalités pour pouvoir travailler à plusieurs tâches parallèles. C’est peut-être là que réside le secret des 10% seulement utilisés...
Et puis ce Billy est quand même très attachant. Merci à Daniel Keyes de nous avoir permis de découvrir son histoire !

Conclusion :
C’est bougrement intelligent !

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les compétences
les qualités
les capacités
les besoins


6 décembre 2014

Haruki Murakami : L’Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage (色彩を持たない多崎つくると、彼の巡礼の年 - Shikisai o motanai Tazaki Tsukuru to, kare no junrei no toshi)

Ce que l’éditeur nous dit :
Depuis le mois de juillet de sa deuxième année d'université jusqu'au mois de janvier de l'année suivante, Tsukuru Tazaki vécut en pensant presque exclusivement à la mort. À Nagoya, ils étaient cinq amis inséparables. L'un, Akamatsu, était surnommé Rouge ; Ômi était Bleu ; Shirane était Blanche et Kurono, Noire. Tsukuru Tazaki, lui, était sans couleur. Tsukuru est parti à Tokyo pour ses études ; les autres sont restés. Un jour, ils lui ont signifié qu'ils ne voulaient plus jamais le voir. Sans aucune explication. Lui-même n'en a pas cherché. Pendant seize ans, Tsukuru a vécu comme Jonas dans le ventre de la baleine, comme un mort qui n'aurait pas encore compris qu'il était mort. Il est devenu architecte, il dessine des gares. Et puis Sara est entrée dans sa vie. Tsukuru l'intrigue mais elle le sent hors d'atteinte, comme séparé du monde par une frontière invisible. Vivre sans amour n'est pas vivre. Alors, Tsukuru Tazaki va entamer son pèlerinage. À Nagoya. Et en Finlande. Pour confronter le passé et tenter de comprendre ce qui a brisé le cercle. Après la trilogie 1Q84, une œuvre nostalgique et grave qui fait écho aux premiers titres du maître, La Ballade de l'impossible notamment

Ce que j’en pense :
Devant le succès que ce dernier ouvrage semble connaître au sein des participants au challenge Haruki Murakami, il a bien fallu que je finisse par l’emprunter à la bibliothèque. J’ai dépassé la couverture sans conviction particulière, sans avoir une idée précise du contenu, plutôt poussée par l’idée que je n’avais qu’une semaine pour le lire avant restitution obligatoire (les nouvelles acquisitions étant très demandées) que par une impatience démentielle. Si les 70 premières pages se contentent d’installer le décor l’air de rien, il devient par la suite impossible d’interrompre sa lecture, l’empressement à connaître la suite se faisant de plus en plus fort à l’approche de l’issue finale. Si certaines questions sont posées, on ne se trouve pas non plus dans un contexte de thriller avec suspense insoutenable, c’est simplement que l’on a envie de connaître la suite. C’est la magie de Murakami, qui a toujours autant d’effet sur moi, qui à le don de distiller les détails “inutiles” de la narration pour mieux nous faire pénétrer dans le coeur de ses personnages.

Conclusion :
Un roman fascinant, à la recherche de soi, des autres.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les automobiles
les poteries
le coaching
le piano



2 décembre 2014

Peter Watts : Vision aveugle (Blindsight)

Ce que l’éditeur nous dit :
La Terre a été prise " en photo " depuis l'espace. Les mystérieux visiteurs sont-ils sur cet artefact découvert dans notre système solaire ? Le vaisseau Thésée part en mission. A son bord, cinq membres d'équipage recrutés avec soin : une linguiste aux personnalités multiples, un biologiste qui s'interface aux machines, une militaire pacifiste et un observateur, Siri Keeton, capable de déchiffrer à la perfection le langage corporel de ses interlocuteurs. Leur commandant est lui aussi bien étrange : c'est un homo vampiris, autrement dit, un vampire aux facultés intellectuelles remarquables. Pourtant, malgré leurs aptitudes exceptionnelles, rien ne peut les préparer à ce qu'ils vont découvrir lors de ce voyage terrifiant... 

Ce que j’en pense :
Comme dirait la personne qui m’a collé ce bouquin entre les mains “il faut un peu de temps pour digérer le morceau”. Tout à fait d’accord. Mais contrairement à lui qui l’a dévoré d’une traite, il m’a également fallu me forcer à prendre mon temps pour le parcourir, ralentir mon rythme de lecture, faire des pauses régulières pour consulter Wikipédia, réfléchir, relire plusieurs fois certains passages, poser des questions à “l’expert”, tout ça. Non pas que le style soit indigeste, loin de là, mais plutôt qu’il est extrêmement riche, avec des tournures de phrases inhabituelles, un vocabulaire vaste (la langue française recèle bien des mots inexploités par les auteurs) et surtout des termes techniques souvent méconnus de la novice que je suis. Cela peut paraître idiot mais ce fut pour moi un vrai exercice que de réaliser que les théories abordées se basaient toutes sur des faits scientifiques réels, et que donc non l’auteur n’allait pas me les expliquer (contrairement à la plupart des fictions qui élaborent leurs propres logiques). Ça, c’est pour la forme.
Et le fond maintenant. Ouais, très franchement, il se peut que je n’aie toujours pas “digéré le morceau”, et je suis à peu près certaine d’être passée à côté de plus d’une subtilité. Mais si l’on s’en tient à la partie que j’ai pu saisir : waow ! Des idées très intéressantes sur les égocentriques d’humains que nous sommes, notamment. Cela vaut vraiment l’effort de rentrer dedans et d’essayer de comprendre. Je ne sais pas si j’aurais envie de le relire un jour, en espérant mieux en apprécier les nuances, en attendant je compte bien en discuter encore un peu...

Conclusion :
Finalement ça passe très bien !

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
je
le langage
les tumeurs
les boites chinoises

26 novembre 2014

Haruki Murakami : La fin des temps (世界の終りとハードボイルド・ワンダーランド - Sekai no owari to Hādo-boirudo Wandārando)

Ce que l’éditeur nous dit :
Le narrateur, un informaticien de très haut niveau, qui effectue des missions spéciales, apporte un jour sa collaboration à un vieux savant dont le laboratoire se situe dans les sous-sols obscurs d'un immeuble. Dès lors, il est entraîné dans une aventure terrifiante. Parallèlement à ce Hard-boiled wonderland, interviennent en alternance les chapitres de La Fin des temps : le narrateur se trouve prisonnier d'une ville onirique, peuplée de licornes au pelage doré. Les deux intrigues se rejoindront finalement. De même que son personnage flirte avec d'anodines jeunes filles, Haruki Murakami courtise ici le mythe - ce qui nous vaut une fable d'une prenante étrangeté. Ce roman a obtenu au Japon le prix Tanizaki.

Ce que j'en pense :
Si les romans de Haruki Murakami me laissent toujours ce sentiment particulier, assez semblable d’une fois sur l’autre (bien qu’au travers d'un support très différent, Murakami étant constant dans son style sans pour autant éprouver de difficulté à se renouveler dans la forme ou les idées transmises), je dois dire que la Fin des temps m’avait un peu plus marqué que les autres. Peut-être à cause de cette construction à deux voix, peut-être à cause de ce monde imaginaire et des licornes, peut-être à cause de sa thématique sur l’inconscient, peut-être juste parce que c'est l'un des premiers romans de l'auteur qu’il m’ait été donné de découvrir. Difficile à dire. Toujours est-il que c’est le seul que j'avais envie de relire (la priorité étant donnée aux nouvelles lectures de cet écrivain si prolifique), occasion créée par le cadre du challenge lui étant dédié.
C’est avec plaisir que je me suis à nouveau laissée emporter par cet univers, qui m'a permis de découvrir ou redécouvrir maint détails fascinants. Si l’expérience m'a parue toujours très agréable, je dois dire que j'ai été un peu moins subjuguée que la première fois, sûrement par l’absence de la nouveauté.

Conclusion :
Une expérience délicieuse, même sans l'attrait de la nouveauté.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les feux de bois
les gammes
les destructions méthodiques
le rose



7 septembre 2014

Delphine de Vigan : Rien ne s'oppose à la nuit

Ce que l’éditeur nous dit :
Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l'écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre.
Aujourd'hui je sais aussi qu'elle illustre, comme tant d'autres familles, le pouvoir de destruction du verbe, et celui du silence.

Ce que j’en pense :
Ma première expérience avec Delphine de Vigan fut épouvantable. Pourtant je n’ai pas su résister à l’attraction que ce livre-là exerçait sur moi. Une fois la première page lue, j’ai été complètement happée, avec l’envie furieuse (à défaut du temps) de le lire d’une traite. Ce qui m’a peut-être le plus plu est la manière dont l’auteur s’est totalement impliquée dans le récit, nous faisant part de ses doutes, de l’évolution de son état d’esprit tandis que les mots prennent place sur les pages blanches. J'adhère complètement à cette manière de contextualiser, qui donne une dimension supérieure à celle d'une simple histoire contée. C’est également ce qui me rend quasi inconditionnelle d’un Emmanuel Carrère. Si je rencontrais l’une de ses deux personnes dans la vie réelle, passant son temps à ramener tout à elle, il est possible que cela m’insupporterait. Mais par écrit, j’adore (n’est-ce pas d’ailleurs précisément ce que je suis en train de faire cet instant).
J'ai aimé, aidé par ce contexte, mais aussi parce que je me suis identifiée à certains des personnages, que les phrases sont bien tournées, que tout est maîtrisé jusqu'au point final, que le découpage des parties est excellent, que ces vies sont belles et déchirantes à la fois, que même lorsque l’on ne comprend pas on peut compatir, que chacun a sa part d’ombre et de lumière, qu’elle a essayé, que ce n’est pas si grave.

Conclusion :
Bouleversant.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
- les maisons de vacances
- la peinture sur murs
- les séances de photographie
- les présents



10 juillet 2014

Jean M. Auel : Les Enfants de la terre, Le clan de l'ours des Cavernes (Earth’s Children: The clan of the cave bear)

Ce que l’éditeur nous dit : Il y a 35 000 ans, une longue période glaciaire s'achève et la Terre commence à se réchauffer. Lentement, durant des millénaires, l'homme s'est peu à peu dégagé de la bête et il apparaît à peu près tel qu'il est aujourd'hui. Il connaît l'outil, le feu, le vêtement. Il fabrique des armes pour chasser, aménage des grottes pour s'abriter. Dans le chaos de la nature, il est parvenu à créer un peu d'harmonie. En ces premiers temps du monde, Ayla, une fillette de cinq ans, échappe à un tremblement de terre et se sort des griffes d'un lion pour se réfugier auprès d'un clan étranger. On l'adopte. Très vite, les gestes et les paroles d'Ayla suscitent l'étonnement et l'inquiétude. Car, venant d'une tribu plus évoluée que celle d'adoption, Alya diffère physiquement et psychologiquement : elle s'oppose souvent à leurs coutumes et à leurs règles. Le clan songe donc à la supprimer...

Ce que j’en pense :
Voici une seconde (re)lecture dans le cadre du challenge Rupestre Fiction. Ayant déjà entamé la série il y a quelques années, mais m’étant arrêtée en cours, je me suis dit que tant qu’à faire de s’y replonger autant repartir de zéro. Et pour la seconde fois je comprends le succès de cette série extrêmement bien écrite. L’auteur a su trouver un juste milieu entre les descriptions méthodiques du quotidien des hommes des cavernes et l’implication d’une dynamique spirituelle et sociale très forte qui permet de s’attacher aux personnages. Certes le ton est plus que modernisé, et le récit bourré d’anachronismes. Jean M. Auel n’hésite pas à prendre des libertés, par exemple en imaginant des rites dont il serait difficile de prouver la véracité, et allant jusqu’à contredire la communauté scientifique en imaginant un possible métissage entre Homo neanderthalensis et Homo sapiens. A noter que toute la base du roman réside entre la cohabitation entre ces deux espèces du genre humain, l’auteur nous proposant même une explication sur la disparation inéluctable de la première, tout en retirant certains jugements de valeurs sur ce qui est “mieux”.


Conclusion :
Un récit passionnant et vecteur de belles valeurs.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
- les genres
- la répartition des rôles
- la relativité de la beauté
- l’apprentissage

14 juin 2014

Roy Lewis : Pourquoi j’ai mangé mon père (The Evolution Man, What We Did to Father)

Ce que l’éditeur nous dit :
"Ta saloperie de feu va vous éteindre tous, toi et ton espèce, et en un rien de temps, crois-moi ! Yah ! Je remonte sur mon arbre, cette fois tu as passé les bornes, Edouard, et rappelle-toi, le brontosaure aussi avait passé les bornes, où est-il à présent ? Back to the trees ! clama-t-il en cri de ralliement. Retour aux arbres !" 

Ce que j’en pense :
Selon la préface, le succès de ce Roy Lewis aurait beaucoup à voir avec Théodore Monod, qui aurait dit que “C'est le livre le plus drôle de toutes ces années, mais ce n'en est pas moins l'ouvrage le plus documenté sur l'homme à ses origines”. Comme je ne me permettrais certainement pas de contredire un tel homme, je ne peux que m’incliner. Et c’est vrai que Pourquoi j’ai mangé mon père étonne par sa capacité à raconter une histoire, mais surtout la préhistoire, d’une manière à la fois géniale et synthétique (moins de  200 pages). Concernant l’humour, si je n’ai pas constamment ri aux éclats, j’ai tout de même largement apprécié cette relecture. Car pour la petite anecdote, il s’agit de ma seconde expérience avec cette oeuvre. Si j’avais déjà eu envie de la relire en assistant à l’enchantement au fil des pages, d’une personne à qui je l’avais prêté, c’est le challenge Rupestre Fiction qui a marqué le passage à l’action. Et pour la seconde fois j’ai savouré ce petit bijou, sa manière exceptionnelle et systématiquement farfelu de nous moderniser le passé.

Conclusion :
Un très bon livre, instructif, drôle et accessible, à mettre entre toutes les mains.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
- le conservationnisme
- le soucis d’amélioration
- les découvertes
- les poursuites amoureuses




5 juin 2014

Philippe Claudel : La petite fille de Monsieur Linh

Ce que l’éditeur nous dit :
C'est un vieil homme debout à l'arrière d'un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise. Le vieil homme se nomme Monsieur Linh. Il est seul désormais à savoir qu'il s'appelle ainsi.
Debout à la poupe du bateau, il voit s'éloigner son pays,
celui de ses ancêtres et de ses morts, tandis que dans ses bras l'enfant dort. Le pays s'éloigne, devient infiniment petit, et Monsieur Linh le regarde disparaître à l'horizon, pendant des heures, malgré le vent qui souffle et le chahute comme une marionnette.

Ce que j’en pense :
Un roman plus que touchant, entre la bienveillance et la pitié que nous inspire ce Monsieur Linh, personnage un peu naïf mais tellement adorable. D’ailleurs peut-on vraiment parler de naïveté lorsqu’il s’agit d’un homme qui perd tous ses repères, qu’il s’agisse de son pays, ses coutumes, sa famille. Compte-tenu des circonstances il ne s’en sort pas si mal, prenant à sa manière les choses en main, recréant un sentiment d’appartenance avec les moyens du bord. Évidemment le lecteur ne peut qu'éprouver de la compassion pour ce vieil homme forcé par le destin à repartir de zéro. Mais sous la plume toute en pudeur de Philiipe Claudel, la tragique histoire de Monsieur Link devient belle.

Conclusion :
Lorsque de la nostalgie naît l’espoir.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
- les bancs
- les zoos
- les pyjamas
- l’affection