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2 août 2016

Margaret Atwood : La Servante écarlate (The Handmaid's Tale)

Ce que l’éditeur nous dit :
La "servante écarlate" c'est Defred, une entreprise de salubrité publique à elle seule. En ces temps de dénatalité galopante, elle doit mettre au service de la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, son attribut le plus précieux: sa matrice. Vêtue d'écarlate, elle accomplit sa tâche comme une somnambule, et le soir, en regagnant sa chambre à l'austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, d'échanger des confidences, de dépenser de l'argent, d'avoir un travail, un nom, des amants... Doit-elle céder à la révolte, tenter de corrompre le système?Romancière, poète et essayiste, Margaret Atwood est un "grand écrivain" mais aussi, à plus d'un égard, un personnage qui fascine. "La Servante écarlate", cette "utopie négative" qui n'est pas sans rappeler "1984" d'Orwell, reste l'un de ses hauts faits d'armes dans le combat qu'elle a mené et continue de mener pour la femme.

Ce que j’en pense :
Si le roman est concentré sur la condition des femmes, puisque conté par l’une d’entre elles, je ne le qualifierai pas de purement féministe. Les hommes de cette société y sont tout autant soumis aux contraintes de la dictature, même si de manière plus ou moins drastique en fonction du rang social de chacun.
Bizarrement les différents éléments de dictât qui y sont décrits, m’ont pas plus choquée que ça. La manière de les décrire paraît si lointaine et détachée que je ne me suis pas vraiment sentie concernée. D’ailleurs, bien peu d’éléments de contextes nous sont fournis, sur la manière donc cette société s’est retrouvée dans cette situation.
Tous les sentiments de l’héroïne quant à la solitude sont bien plus présents, tandis que l’on suit ses pensées, qu’elle tente presque désespérément de s’occuper l’esprit avec des récits passés (qui sont également sources de douleurs, car terminés, voire tristes), qu’elle s’accroche aux détails du présent.
Le tout dernier chapitre, tout à fait inattendu, vient ajouter une vraie touche d’originalité, une sorte de nouvelle perspective à l’ensemble, qui fait que je ne suis pas sentie frustrée par l’absence de bien des réponses (lui-même n’en donne pas vraiment à y regarder de plus près).

Conclusion :
Un roman qui se lit bien, mais qui ne m’aura pas bouleversée malgré la dureté de son sujet.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les gravures sur bois
les cordes
les casquettes
la maternité

SFFF & D. : item 5




26 juillet 2016

Le CRAAA (Challenge Recueils And Anthologies Addict)

Challenge réalisé du 09 Septembre 2015 au 15 Juillet 2016. 

Voici que je me lance dans le nouveau challenge de Cornwall, du blog La prophétie des ânes. Il paraît qu'il s'agit du petit frère du JLNN de Lune, auquel justement j'avais déjà participé.

Le principe est simple : lire des recueils et des anthologies (les romans et nouvelles esseulées ne sont pas acceptés).
Le système de comptage de point, qui nous promet gloire, laurier et paillettes (je me demande s'il s'agit de paillettes digitales ou si le gagnant va recevoir une enveloppe au contenu volatile), est quant à lui un peu plus compliqué. Je laisse aux curieux le soin d'en découvrir le détail dans le billet de présentation.
Par exemple, rien qu'en rédigeant le présent billet, je gagne mes premiers 5 points. Facile !



Les lectures (total 145 point) :
*Lectures à 15 points tirées au sort par Lune.

25 juillet 2016

Jeanne-Marie Leprince de Beaumont : La Belle et la Bête et autres contes

Ce que l’éditeur nous dit :
Venue se livrer à la Bête pour sauver son père, la Belle finit par aimer le monstre qui se révèlera alors être un beau prince ensorcelé... Tout le monde connaît l'une ou l'autre des adaptations de ce célèbre conte sous forme de film ou de dessin animé. L'histoire imaginée par Madame de Beaumont est devenue mythique. Elle glorifie la "beauté intérieure" qui peut exister dans l'être le plus laid, voire terrifiant, et la valeur de ceux qui, comme la Belle, savent aller au-delà des apparences. Une histoire à vocation édifiante, donc, qui doit son succès au sujet comme à la manière dont il est traité : le merveilleux est constamment Jeanne-Marie Leprince de Beaumont : La Belle et la Bête et autres contes.

Ce que j’en pense :
En lisant ce recueil, j’avais évidemment les images de sa version Disney. Les studios ont fait un excellent travail, car le récit originel ferait presque pâle figure face à son adaptation. Des différentes nouvelles que recense ce bouquin, chacune d’elle était une variante plus ou moins fidèle la première, c’est pourtant la plus riche et la plus élaborée. C’est peut-être l’époque qui veut cela, mais j’ai trouvé ces histoires bien succinctes et me demande comment elles ont pu à ce point marquer les esprits, et encore moins enseigner quoi que ce soit à des jeunes filles de bonnes familles. J’en aurais au moins appris un peu plus sur cette chère Madame Leprince de Beaumont, grâce aux clés de lectures offertes pour cette édition, qui a pensé ces contes dans un but tout à fait intéressé : celui d’éduquer aux bonnes manières, avec des valeurs telles que la gentillesse, l’altruisme et la modestie. D’ailleurs les différents auteurs s’étant ici prêtés à l’exercice n’ont montré aucune pitié pour le sors des deux soeurs de Belle, dont la vanité sera largement sanctionnée !

Conclusion :
J’aurais largement préféré la version Disney, mais c’était si vite lu...

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les roses
les robes
les malédictions
les bons caractères








7 juillet 2016

Pierre Gripari : La sorcière de la rue Mouffetard et autres contes de la rue Broca

Ce que l’éditeur nous dit :
Il était une fois la ville de Paris. Il était une fois une rue Broca. Il était une fois un café kabyle. Il était une fois un Monsieur Pierre. Il était une fois un petit garçon qui s'appelait Bachir. Il était une fois une petite fille. Et c'est ainsi que, dans ce livre, vous allez faire la connaissance d'une sorcière, d'un géant, d'une paire de chaussures, de Scoubidou, la poupée voyageuse, d'une fée, et que vous saurez enfin la véritable histoire de Lustucru et de la mère Michel.

Ce que j’en pense :
Quelle délicieuse expérience que celle de redécouvrir un classique de son enfance. Je me souviens clairement de la couverture du folio junior (l’un des premiers que j’ai lu, suivi de nombreux autres) de mon exemplaire de La sorcière de la rue Mouffetard. A l’époque je n’avais encore jamais mis les pieds à Paris et j’ai éprouvé une grande émotion en voyant finalement la fameuse rue de mes propres yeux (mes grands-parents vivant juste à côté) un ou deux ans plus tard. Au final c’est surtout un lieu très touristique (je ne sais pas si c’est à cause du livre ou si l’auteur l’a choisie parce qu’elle était déjà connue) parmi tant d’autres, mais l’évocation de son nom me sera toujours associé à une certaine magie. Pour en revenir aux nouvelles, j’ai à nouveau apprécié le ton absurde de l’auteur et la diversité des textes. Si on trouve toujours des références à la rue Broca (la véritable clé du recueil, mais je ne sais pas pourquoi, celle-ci m’a moins marquée), les univers sont finalement très diversifiés. Avec mes yeux d’adulte (féministe), j’ai tout de même noté quelques détails qui m’ont gênée. Prenons pas exemple le conte de la mère Michelle : on nous explique comment celle-ci fini par épouser un homme qui lui fait la cour au moyen de chantage et de harcèlement. Juste après avoir lu Les crocodiles, c’est un peu difficile à accepter. Mais il s’agit d’une autre époque, d’autres mœurs et cela n’aura pas entaché le plaisir que j’ai eu à cette relecture.

Conclusion :
Voyage en enfance !

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
l’histoire de France pour les nuls
la prospérité
les étoiles
les tirelires



5 juillet 2016

Gabriel Rodriguez et Joe Hill : Locke & Key (6 tomes)

Ce que l’éditeur nous dit :
Keyhouse : un étrange manoir de la Nouvelle-Angleterre. Un manoir hanté, dont les portes peuvent transformer ceux qui osent les franchir... Après le meurtre brutal de leur père. Tyler. Bode et Kinsey découvrent leur nouvelle demeure, croyant y trouver le refuge dont ils ont besoin pour panser leurs plaies. Mais une ténébreuse créature les y attend pour ouvrir la plus terrifiante de toutes les portes...

Ce que j’en pense :
J’ai découvert la série sur je ne sais plus quel blog, en tout cas pas l’un de ceux que je suis habituellement. Je n’ai plus en tête le détail de ce que l’article disait, mais je me souviens clairement de l’enthousiasme de sa rédactrice pour cette série et pour la psychologie de ses personnages en particulier. La préface du premier opus vantait également la qualité de l’ouvrage à grand renfort d’adjectif. J’aurais dû me méfier du parti pris, car je suis loin de partager ces sentiments positifs. Cela avait assez bien démarré avec les deux premiers volumes, sûrement ce qui m’aura fait tenir jusqu’au dernier numéro, mais bien vite l’intérêt retombe. On touche effectivement du doigt quelques problématiques liées à la famille, l’adolescence, les addictions… mais ce riche programme n’est traité que très superficiellement. Il me semble que le problème principal vient du méchant, qui occupe une place centrale mais, se révèle l’un des personnages les moins colorés du récit. Il est juste… méchant. C’est pauvre. Par conséquent tous les rebondissements et révélations le concernant le sont aussi, soit une très large partie de la bande-dessinée. Le seul protagoniste qui de part son évolution sort véritablement du lot est celui du handicapé mental, mais que j’ai trouvé un peu décevant dans son utilisation finale. J’aurais aimé en savoir plus sur les fameuses clés (certaines d’entre elles révèlent quelques excellentes idées du scénariste), sur leur origine, leur fonctionnement, plutôt que de découvrir qu’en fait le méchant était déjà méchant avant.

Conclusion :
Pas très convaincant.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les grottes
les portes
les figurines
les prises de tête





2 juillet 2016

Bifrost n° 77 (2015) : Dossier Mélanie Fazi

Ce que l’éditeur nous dit :
Me voilà seul dans la maison, et les souvenirs reviennent.
Les miens, ceux de mon été ici, celui de mes huit ans, l’été de personne d’autre. Pas celui d’Hugo. Le mien. Tout a commencé par l’image de la gouvernante en train de m’entraîner le long d’un des couloirs de l’étage, surgie de nulle part alors que j’empruntais le couloir en question. Puis des moments précis avec Carl, des jeux, des discussions, la certitude très nette que je l’admirais, que j’adorais sa présence mais qu’il n’était pas vraiment là, pas tout à fait comme nous. Certains souvenirs sont anodins. D’autres sont des bribes isolées qui ne riment à rien.  J’ai des flashes d’une grande salle rouge et de jeux impossibles…

Ce que j’en pense :
A l’occasion du CRAAA, j’ai ouvert (ou plutôt tourné les pages virtuelles de ma liseuse) pour la première fois un numéro du magazine Bifrost. Depuis le temps le temps que je traîne sur le site du Bélial (dont j’abuse des ressources gratuites), il était temps. J’ai sans hésitation jeté mon dévolu sur l’édition consacrée à Mélanie Mazi, ce qui m’a donné le plaisir immense de lire une autre de ses nouvelles. Alors que ces derniers mois je me suis activée à découvrir la cinématographie des années 60, et les réalisations d’Alfred Hitchcock en particulier, ce récit basé sur l’univers du film Rebecca tombé à point nommé (je n’ai plus qu’à voir l’original). Bref j’ai adoré La Clé de Manderley.
Par contre, j’ai un peu moins apprécié le texte de Greg Egan (contrairement à mes expériences précédentes avec l’auteur et me suis totalement désintéressée de celui de Stéphane Beauverger (du coup pas sûr que je lise son Déchronologue un jour).
Dans la suite du numéro, j’ai pu découvrir de nombreuses critiques littéraires, ce que j’ai trouvé bien sur le principe, mais pas facile à utiliser dans le format epub. Je préfère largement lire les chroniques d’autres blogs ou sur des sites type Babelio quand un ouvrage particulier attire mon attention. Les éditions nous proposent également un listing de toutes les sorties littéraires du genre. J’avoue que je ne vois pas trop comment utiliser ce type d’information, peut-être parce que mes lectures ne se cantonnent pas au genre SFFF et qu’encore une fois je préfère sélectionner au gré des découvertes. Tellement d’ouvrages existent déjà que je n’ai pas besoin de suivre de si près les dernières publications. Idem pour l’actualité qui est partagée.
Enfin, j’ai été forte surprise de la longue interview de l’auteur invitée qui a été réalisée, extrêmement complète. J’imagine qu’il s’agit d’une mine d’or pour les écrivains en herbe qui se posent des questions sur leur « carrière », l’expérience des pairs étant toujours la bienvenue. N’étant pas dans ce cas de figure, j’ai intentionnellement omis quelques passages…

Conclusion :
Coup de cœur pour la nouvelle de M. Fazi, mais pas convaincue par le magazine Bifrost.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
Les personnages
Les projecteurs
Les héritages
Les objets du décor



30 juin 2016

Thomas Mathieu : Les crocodiles

Ce que l’éditeur nous dit :
Thomas Mathieu illustre des témoignages de femmes liés aux problématiques comme le harcèlement de rue, le machisme et le sexisme ordinaire. Son travail s'inscrit dans un mouvement plus large de prise de conscience et d'une nouvelle génération de féministes qui utilisent internet pour réfléchir et informer sur des concepts tels le "slut-shaming" ou le "privilège masculin". Dans ses planches, les décors et les personnages féminins sont traités en noir et blanc de manière réaliste tandis que les hommes sont représentés sous la forme de crocodiles verts. Le lecteur ou la lectrice est invité à épouser le point de vue de la femme qui témoigne et à questionner le comportement des crocodiles particulièrement quand ils endossent le rôle stéréotypé de dragueurs/ prédateurs/dominants.

Ce que j’en pense :
En découvrant les premières pages des Crocodiles, j’ai failli regretter son emprunt à la bibliothèque : une qualité de dessin très moyenne et surtout des zigounettes en veux-tu en voilà, vertes de surcroît (couleur reptile oblige) ! Mis à part me mettre mal à l’aise, je ne voyais pas vraiment le but. Puis j’ai réalisé que c’est précisément parce que cela m’embarrassait qu’il fallait poursuivre, a fortiori parce que bien des situations décrites je les avais déjà vécues, ce qui m’avait autrement plus dérangée que de les découvrir sur papier.
Dans le même temps, je suis tombée sur cette vidéo, dans laquelle une jeune fille raconte une journée qui avait si bien commencée, pour se ternir au fur et à mesure des remarques déplacées qu’elle reçoit, une somme de petites choses “sans conséquences” qui font qu’en rentrant chez elle se sent mal, sale. Cela aussi je l’ai vécue et je ne suis certainement pas une exception.
Bref, le problème est bel et bien là et je trouve que le fait qu’il soit abordé par un homme a d’autant plus de poids. Car qu’une autre chose très importante que j’ai réalisée durant cette lecture est le fait que nombre de ces “crocodiles” étaient des hommes lambda, voire que j’en avais dans mon entourage : des garçons “gentils”, qui pensent bien faire, sans aucune mauvaise intention, mais qui font tout de même du mal sans s’en rendre compte. Il y a un vrai travail de fond à faire pour remettre certaines choses en question, réapprendre aux individus à mieux respecter les autres, leurs besoins et leurs envies, à accepter que “non” c’est “non” et pas “peut-être” (même si on nous a dit qu’il fallait être persévérant pour avoir ce qu’on voulait dans la vie, car à quel prix ?). Il faut voir la violence de certaines réactions lorsque des femmes émettent par exemple l’idée “d’attendre d’en avoir vraiment envie avant d’avoir des pratiques sexuelles avec quelqu’un”, qui décrivent des situations machismes qu’elles ont vécues, ou tout simplement quand quiconque prononce le mot “féministe”. Tous ces propos n’engagent que leurs auteurs, ce qui il me semble ne peut être remis en question, pourtant on dirait que des personnes (des hommes et des femmes) se sentent personnellement attaqués par cela, ce qui est une preuve supplémentaire du malaise général sur ces sujets.
Toutes ces idées sont très bien illustrées par Thomas Mathieu. Elles sont appuyées par des textes complémentaires fort à propos en fin d’ouvrage, qui m’ont définitivement convaincue de la qualité de ce bouquin.

Conclusion :
J’encourage le plus grand nombre à découvrir le projet crocodile.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
le projet crocodile
les compliments
les gentillesses
les envies

Sondage Bizz & Miel : cliquez ici, merci !!



29 mai 2016

Ken Liu : La ménagerie de papier (The Paper Menagerie and Other Stories)

Ce que l’éditeur nous dit :
« Elle plaque la feuille sur la table, face vierge exposée, et la plie. Intrigué, j'arrête de pleurer pour l'observer. Ma mère retourne le papier et le plie de nouveau, avant de le border, de le plisser, de le rouler et de le tordre jusqu à ce qu'il disparaisse entre ses mains en coupe. Puis elle porte ce petit paquet à sa bouche et y souffle comme dans un ballon. «Kan», dit-elle. «Laohu». Elle pose les mains sur la table, puis elle les écarte. Un tigre se dresse là, gros comme deux poings réunis. Son pelage arbore le motif du papier, sucres d'orge rouges et sapins de Noël sur fond blanc. J'effleure le petit animal qu'a créé Maman. Il remue la queue et se jette, joueur, sur mon doigt... »
Ken Liu est né en 1976 à Lanzhou, en Chine, avant d'émigrer aux états-Unis à l'âge de onze ans. Titulaire d'un doctorat en droit (université de Harvard), programmeur, traducteur du chinois, il dynamite les littératures de genre américaines, science-fiction aussi bien que fantasy, depuis une dizaine d'années, collectionnant distinctions et prix littéraires, dont le Hugo, le Nebula et le World Fantasy pour la seule « Ménagerie de papier », ce qui demeure unique à ce jour. Le présent recueil, sans équivalant en langue anglaise et élaboré au sein d un corpus considérable, consacre l'éclosion du plus brillant des talents, protéiforme et singulier l'avènement d'un phénomène.

Ce que j’en pense :
Commençons par les défauts de ce recueil : très souvent, les textes de Ken Liu ont un aspect prévisible, convenu ; il leur manque la part de mystère et de surprise qui font la différence. Je pense que c’est l’une des raisons pour lesquelles aucune de ces nouvelles ne m’a vraiment bluffée, tandis que j’ai été toute retournée par bon nombre des textes de Mélanie Fazi (comment ça je la cite tous les 3 articles, et alors c’est quoi le problème, c’est que ça fait trop longtemps que je n’ai pas parlé de Maïa Mazaurette ? ♥) ou de Lisa Tuttle que j’ai lus. Et pourtant Ken Liu est bel et bien un excellent nouvelliste, puisque dès les premières lignes il parvient à mettre en place un univers, une atmosphère, à poser ses personnages, pour ainsi créer des histoires riches malgré un nombre de pages réduit. Sur cet aspect d’ailleurs j’ai été épatée. L’auteur dispose de multiples cordes à son arc qui lui permettent de nous emporter dans des mondes, des ambiances, des cultures, voire des genres très variés d’une nouvelle à l’autre, ce que je trouve admirable. Et même si la manière de les faire évoluer manque parfois d’originalité, on sent que l’auteur a des messages à nous faire passer. Il nous propose de réfléchir à nos racines et à notre futur, à l’importance de la mémoire et de l’écriture, sur la valeur de la vie, sur les questions éthiques qui vont de pair avec les progrès technologiques et la recherche d’immortalité, ou encore la spiritualité au sens plus général.

Conclusion :
Tout cela se lit avec le plus grand plaisir.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les souvenirs
les carnets intimes
l’origine du monde
les conversations divines

SFFF & D. : item 18


27 mai 2016

Jean-François Mallet : Simplissime light - Le livre de cuisine light le + facile du monde

Ce que l’éditeur nous dit :
200 recettes saines pour rester en forme? La promesse du livre ? Des recettes toujours simplissimes à réaliser (pas plus de 5 ingrédients) au quotidien et :- Sans produit agro-alimentaire- Pas de mauvaise graisse- Sans sucre raffiné- Pas trop de produits laitiers- Des cuissons à l'huile d'olive- Des sauces à l'eau- Des desserts sans sucre- Des terrines sans gras- Beaucoup de recettes à base de fruits et légumes ou viandes maigres et poissons. Pour chaque recette, retrouvez les mentions de :- l'apport en calories,- avec ou gluten,- avec ou sans lactose,- sans sucres ajoutés,- faible en matière grasse.

Ce que j’en pense :
J’étais à la base assez septique quant à la promesse faite par ce bouquin, n’étant pas le premier à prôner la simplicité. Nombre d’ouvrages se disant adressés aux débutants (plus jeune j’en avais acquis un spécialement destiné aux étudiants), se révèlent assez décevant, soit parce que pas vraiment pratiques à mettre en oeuvre (approches maladroites, beaucoup d’ingrédients par recette, longs à préparer), voire carrément inutiles au vu de leur banalité (merci je saurais me débrouiller toute seule pour faire des pâtes à la tomate).
Mais je dois avouer que Simplissime a réussi à sortir des sentiers battus, pour proposer un livre tout simplement pertinent. Pour chaque recette, d’un côté le résultat final en grand (de quoi mettre l’eau à la bouche) et de l’autre les photos des ingrédients. Non seulement c’est très visuel, mais effectivement les éléments de mises en œuvres très limités poussent à croire qu’il est facile d’y arriver. Ajoutons à cela les notions de sans gluten, vegan et autres qualificatifs (très à la mode dans cette ère de recherche du bien-être), qui permettront à toutes les habitudes alimentaires de trouver leur bonheur.
Anoter deux bémols tout de même : d’une part l’épaisseur de l’objet, qui rend la manipulation difficile lorsqu’on cuisine, les pages ayant fâcheuse tendance à tourner toute seule, ce qui aurait pu être évité avec un grammage moins important (cela aurait aussi été plus écologique). D’autres part je reste dubitative face à certaines recettes, qui s’avèrent finalement trop simples, l’auteur ayant notamment fait beaucoup d’impasse sur les condiments et autres (un soufflé chocolat noir + fraises + œuf, d’accord je veux bien qu’on recherche le light, mais ne manquerait-il pas de sucre dans cette recette). Un minimum de bon sens et d’improvisation sera donc nécessaire pour palier à ces restrictions.

Conclusion :
Un ouvrage bien pensé, qui tient ses promesses.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
le visual thinking
les calories
les régimes alimentaires

Sondage Bizz & Mielcliquez ici, merci !!


24 mai 2016

Paolo Bacigalupi : La fille flûte et autres fragments de futurs brisés (Pump Six and Other Stories)

Ce que l’éditeur nous dit :
Recueil de onze nouvelles, La Fille-flûte et autres fragments de futurs brisés confirme que les possibilités de la science fiction sont aussi importantes sous forme courte que sous forme longue. L'auteur du best-seller international La Lille automate y concentre son regard autour de considérations sociales, politiques et environnementales, et on trouve là de magnifiques variations sur les thèmes qui deviendront centraux dans ses romans.
Presque toutes ces histoires ont été récompensées ou nominées pour les prix Nebula et Hugo, et la nouvelle «L'homme calorie» a remporté le prix Théodore Sturgeon.

Ce que j’en pense :
Ce recueil est absolument trop affreux et je n’ai aucune intention de relire à nouveau le moindre écrit réalisé par Paolo Bacigalupi. Il ne s’agit pas ici d’un manque de qualité dans son travail, bien au contraire. Le problème vient du fait que son univers est bien trop percutant, bien trop crédible, bien trop angoissant. Il met en scène de manière ultra efficace la décadence de la société humaine, imaginant des futurs où la science aurait permis aux corps d’atteindre des summums d'adaptation, pour finalement faire exalter dans toute son horreur la perversité, le narcissisme, l’indifférence. Dans la même période où je découvrais ce livre, j’ai regardé pour la première fois Shining de Stanley Kubrick, et bien j’ai trouvé ce film bien moins angoissant, moins dérangeant que La fille flûte et autres fragments de futurs brisés. C’est tout simplement trop pour moi et ne pas avoir eu le courage d’attaquer les dernières nouvelles de ce récit.

Conclusion :
Magistralement horrible, au-delà de mes propres limites.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
le sable
les fraises
l’eau

SFFF & D. : item 20

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19 mai 2016

Laurent Genefort : Lum’en

Ce que l’éditeur nous dit :
Imaginez une étoile avoisinant sept dixièmes de masse solaire... Si vous levez les yeux, il se peut que vous aperceviez son éclat blanc-jaune sur la face antérieure du bras spiral d'Orion, à sept mille parsecs du centre galactique. Le système de Grnc.mld1 compte six planètes : cinq telluriques et une gazeuse. De ces six planètes, Garance est la seule qui évolue dans la zone d'habitabilité.
« Lum'en » relate la colonisation de Garance, une planète comme tant d'autres, du moins en apparence... L'histoire de ces femmes, de ces hommes rudes lancés à la conquête d'un monde, le récit des luttes de ces pionniers qui, au fil des générations, vont écrire la plus exceptionnelle des aventures, la plus terrible, aussi, celle de l'ancrage, du développement puis, inéluctable, du déclin d'une colonie dans les confins. L'essence même de la nature humaine, en somme, la quête d'horizons nouveaux. Quitte à rater l'essentiel...
« Lum'en » est lauréat du prestigieux Prix Julia Verlanger 2015

Ce que j’en pense :
Lum’en, un titre que j’ai beaucoup vu cité sur la blogosphère, sans finalement vraiment savoir à quoi m’attendre. Arrivé au troisième chapitre, j’ai été déçue de constater que les personnages avec lesquels nous avions commencé à sympathiser appartenaient désormais au passé. Et j’ai toujours un peu de mal avec les auteurs qui font de “trop gros” sauts dans le temps. J’ai poursuivi, et rebelote aux chapitres suivants. Je me suis finalement renseignée, pour découvrir qu’il s’agissait en réalité d’une recueil de nouvelles, qui misent bout à bout comptais l’émergence puis l’échéance de la colonisation d’une planète. Ayant cette information en tête, j’ai pu mieux apprécier la suite de la lecture, sans toutefois en ressortir très convaincue. Certaines nouvelles sont sympas (celle du point de vue indigène en particulier), mais je n’ai pas ressentie l’émulation que d’autres lecteurs ont semblé avoir. Les personnages sont peu attachants (ce qui n’a rien à voir avec le format court), les concepts mal exploités, peut-être dû à une écriture trop “détachée” quand on voudrait nous sensibiliser.
Il y a un petit Orson Scott Card dans les idées présentées, mais en moins bien. J’ai surtout trouvé que le pseudo film conducteur qui avait été ajouté pour lier le tout était plus un poids qu’une valeur ajoutée.

Conclusion :
Pas convaincue par l’univers.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les explosions
les traducteurs
les tresses
les exploitations


17 mai 2016

Scholastique Mukasonga : Ce que murmurent les collines, nouvelles rwandaises

Ce que l’éditeur nous dit :
Pourquoi Viviane, même nue, porte-t-elle autour de la taille une cordelette où s'accroche un minuscule morceau de bois ?... Et puis, entre la Bible et les aventures de Titicarabi, y a-t-il d'autres livres ? Le règne d'un roi peut-il nous être conté par une vache ?... Et si l'on chasse de la colline celle sur qui s'accumulent les malheurs, chassera-t-on grâce à ce bouc émissaire le Malheur inhérent à la condition humaine ?... Et si un fier destin attendait Cyprien le Pygmée, rejeté de presque tous ? Ces nouvelles rwandaises s'enchâssent avec maestria comme les tesselles d'une mosaïque. Elles contiennent les tourments et les espoirs de tout un peuple. Les mots de Scholastique Mukasonga coulent, cristallins, de mémoire en mémoire, jusqu'à nous montrer, même quand passe le malheur, toute la beauté de la vie.

Ce que j’en pense :
Ce que j’ai préféré dans ce bouquin, c’est l’introduction. Alors que Scholastique Mukosonga n’a pas encore pris la plume du conteur, elle nous raconte son enfance, nous explique finalement les origines de ces nouvelles. Elle met ainsi le doigt sur les événements tragiques qui ont marqués son pays, dont je dois avouer je n’étais pas très au fait. A vrai dire, je n’aurais pas même su placer le Rwanda sur une carte avant de démarrer cette lecture. Si mes lacunes restent grandes, j’ai maintenant un peu moins honte de mon ignorance. C’est cette même histoire que l’on retrouve pas la suite dans ces nouvelles, et plus particulièrement la transition entre un pays riche de traditions, de dieux et de croyances, et un pays où règnent ‘les blancs”. Tout cela est bien intéressant, mais j’ai pourtant eu bien du mal à accrocher tout du long. Je crois que ce qui m’a dérangée est l'écriture, inspirée du conte, d’une tradition orale qui je trouve se prête mal à l’écrit. Le style est à la fois simple et redondant, avec beaucoup de répétitions des noms (beaucoup de noms, aux sonorités peu familières et difficiles à retenir), une manière très factuelle de décrire les événements.
Cela plaira sûrement à certains mais pour ma part, je n’ai pas vraiment apprécié.

Conclusion :
Un fond intéressant mais une forme peu adaptée à mon goût.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les arbres
les rivières
les amulettes
les bibles



13 mai 2016

Lisa Tuttle : Ainsi naissent les fantômes

Ce que l’éditeur nous dit :
Recueil de six textes fantastique inédits en France. Lisa Tuttle explore des thèmes, utilise des ambiances variées qui plongent le lecteur tour à tour dans la stupéfaction, la fascination, l’horreur, voire même, peut-être pour les plus sensibles, le malaise. Le lecteur trouvera dans l’interview qui clôt le recueil, réalisée à l’occasion de la présente publication, des éléments supplémentaires pour appréhender un auteur dont l’écriture et l’imagination ont fait parler d’elles et pourraient bien devraient, même recommencer à le faire.

Ce que j’en pense :
Sélectionnées et transposées en français par la prodigieuse Mélanie Fazi, ces six nouvelles m’ont complètement transportée. La traductrice nous raconte l’influence que Lisa Tuttle a eu sur son parcours d'écrivain et en effet  les univers de ces deux auteurs présentent de nombreuses similitudes. Toutes deux favorisent la présence de protagonistes féminins, des ambiances légèrement angoissantes, étranges, mais toujours empreintes de poésie et sans jamais tomber dans le glauque. Il m’a semblé que la française entrait plus pleinement dans le fantastique, mais toute deux se jouent avec beaucoup de subtilité de cette mince frontière entre la réalité et le surnaturel. Et le plus fou, c’est que les sujets traités par Lisa Tuttle sont finalement très réalistes, au travers de ses personnages si charnels, si imprévisibles, si complexes et si ... humains. Avec elle le dénouement n’est jamais couru d’avance.

Conclusion :
Étrange, poétique et saisissant.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les grottes
les déboires d’écrivain
la manipulation
le pouvoir de l’imagination

SFFF & D. : item19



6 mai 2016

Challenge SFFF & Diversité

Challenge réalisé du 15 janvier 2016 au 14 janvier 2017.

Lhisbei, qui se définit comme "une incurable « Challengeuse » et une encore plus incurable féministe", nous propose depuis le 15 janvier dernier un nouveau défi livresque, qui allie ces deux éléments à ses genres littéraires favoris : Science-fiction, Fantasy et Fantastique (SFFF). Pour cela, elle a adapté au lectorat francophone le challenge américain du BustleReads. Je prends dès ce jour le train en route, pour m'attaquer aux différents items qu'elle nous a sélectionnés.

Les lectures (liste susceptible d'évolution) :
  1. Lire une oeuvre de SF écrite par une femme - tbd
  2. Lire une oeuvre de SFFF francophone mais non française - Éric Gauthier : Montréel
  3. Lire un essai ou un article traitant de science, de science-fiction, de fantasy ou de fantastique - Jo Walton : What Makes This Book So Great
  4. Lire une oeuvre SFFF écrite par un auteur de couleur ou métissé - Octavia E. Butler : La Parabole du semeur
  5. Lire un livre SFFF dont vous n’avez pas encore vu l’adaptation en film Margaret Atwood : La Servante écarlate
  6. Lire un roman SFFF young adult - Florence Hinckel : #bleue
  7. Lire un livre SFFF se passant en Orient - Conn Iggulden : L'épopée de Gengis Khan ou Gilgamesh
  8. Lire un livre SFFF parlant d’une ou de femme(s) dans la guerre (réelle ou imaginaire) Pierre Bottero : Les âmes croisée
  9. Lire un roman graphique ou une BD ou un comic avec une femme pour héroïne - tbd
  10. Lire une oeuvre de SFFF par un auteur non occidental Vandana Singh : Infinités
  11. Lire une oeuvre de SFFF dans laquelle l’Afrique tient une place prépondérante - Mike Resnick : Kirinyaga
  12. Relire un conte que vous avez adoré étant enfant - Pierre Gripari : Les contes de la rue Broca
  13. Lire une oeuvre de SFFF écrite par une personne issue ou militant pour la communauté LGBTQIA - Chi Ta-wei : Membrane 
  14. Lire un livre de cli-fi ou éco-fiction - Jeanne-A Débats : La Vieille Anglaise et le Continent
  15. Lire un livre de SFFF féministe - tbd
  16. Lire le premier livre d’une série SFFF que vous n’avez jamais lu - Asimov 
  17. Lire un livre dans lequel une IA ou des robots ont un rôle prépondérant - Asimov
  18. Lire un livre SFFF traduit Ken Liu : La ménagerie de papier
  19. Lire un recueil de nouvelles SFFF - Lisa Tuttle : Ainsi naissent les fantômes
  20. Lire un livre de SFFF transhumaniste ou posthumaniste - Paolo Bacigalupi : La fille flûte et autres fragments de futurs brisés

28 avril 2016

Delphine de Vigan : D'après une histoire vraie

Ce que l’éditeur nous dit :
« Tu sais parfois, je me demande s'il n y a pas quelqu'un qui prend possession de toi. »

Ce que j’en pense :
J’ai été complètement bluffée par ce bouquin ! Plusieurs jours après l’avoir terminé, les émotions qu’il m’a procurées restent très vives. Cela vient d’abord du plaisir de retrouver Delphine de Vigan, qui nous conte ici la reprise de sa vie après le succès de Rien ne s’oppose à la nuit, roman qui m’avait déjà bouleversée. La manière dont elle met en scène ses faiblesses, sans jamais provoquer la pitié, est très touchante, embarquant le lecteur dès les premières pages. Puis entre en scène le second personnage : L., charismatique et mystérieuse, qui se veut l’ardente défenseuse de la sincérité et du vrai, si pleine de « bonnes » intentions. Les ficelles sont parfois grosses, l’auteur jouant beaucoup sur les indices que « le pire est à venir ». Mais cela fonctionne à merveille, au point qu’une boule au ventre m’a accompagnée durant une bonne partie de la lecture, malaise provoqué par cette femme qui resserre inéluctablement son emprise. Mais c’est dans la conclusion que tout se joue, complètement inattendue, scotchante. J’aimerais en dire plus, parler de tous ces détails qui relèvent du génie, mais je vais m’en abstenir, soucieuse de ne pas ruiner la chute pour les futurs lecteurs.  Je vous laisse découvrir cela par vous-même. ;)

Conclusion :
Waouh ! Saisissant.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
la hauteur de la barre
l'après
la rédaction
la télé-réalité



23 avril 2016

Manu Larcenet : Le combat ordinaire (4 tomes)

Ce que l’éditeur nous dit :
C'est l'histoire d'un photographe fatigué, d'une fille patiente, d'horreurs banales et d'un chat pénible.
C'est l'histoire d'un  photographe convalescent, d'un génie médiocre, d'un cargo qui sombre et du cheval de Zorro.
C'est l'histoire d'un  photographe en dueil, d'un atelier à ranger, d'un livre à finir et de Gugusse avec son violon.
C'est l'histoire d'un chantier qui ferme, d'une petite fille amoureuse, d'un soir d'élection et d'une nuit dehors.

Ce que j’en pense :
Découverte récemment, je parcours peu à peu l’oeuvre de Manu Larcenet, qui regroupe des genres décidément très variés (nombreux articles à venir). En préparant cette chronique, j’ai appris que Le combat ordinaire avait été adapté au cinéma, avec Nicolas Duvauchelle en tête d’affiche. Le trailer laisse à croire que le ton est lourd, à l’image des angoisses de son héros, où l’on nous souligne notamment son passé de photographe de guerre : j’avais presque occulté ce détail lors de ma lecture, alors qu’il fait partie des clés de compréhension de Marco. Il faut dire qu’au final les passages “légers” sont très nombreux dans cette bande-dessinée, comme si son auteur n’avait pas tout à fait osé nous emmener dans les tréfonds de son esprit (ce qu’il fera plus dans Blast, publié ultérieurement). Beaucoup d’images me restent en tête : la relation particulière avec le voisin, le passage du rôle de fils à celui de père, la séance photo de l’atelier, la rencontre avec un photographe de renom ou encore la chouette. Nul doute que les passages forts et les personnages sont complexes (parfois pas suffisamment expliqué à mon goût, les non-dits étant omniprésents) sont là. Mais il faut se concentrer dessus, car ils se perdent dans la multitudes des pages. Je réalise que tout cela mérite peut-être une seconde lecture...

Conclusion :
Une oeuvre riche, lesée par ton général un peu flou.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
l’engagement
la confiance
la fuite
la nostalgie



19 avril 2016

Harper Lee : Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur (To Kill a Mockingbird)

Ce que l’éditeur nous dit :
Dans une petite ville d'Alabama, au moment de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Homme intègre et rigoureux, cet avocat est commis d'office pour défendre un Noir accusé d'avoir violé une Blanche. Celui-ci risque la peine de mort.

Ce que j’en pense :
Sous une simplicité apparente, le roman de Harper Lee révèle la puissance de ses messages au fil des pages. A noter que j’ai démarré cette lecture en anglais, pour basculer en français après une centaine de pages, ayant l’impression que le niveau exigé me faisait passer à côté de certains éléments. Je me suis aperçue qu’il s’agissait en fait du style même de la narratrice, passant parfois du coq à l’âne dans ses idées.
Nous suivons le quotidien d’une poignée d’enfants dans une petite ville d’Alabama, leurs jeux estivaux en particulier, dont l’univers tourne autour de leur voisinage étendu. Cette promiscuité, leurs nombreuses interactions avec les adultes, leurs propres questionnements “naïfs” sur le monde, leurs étonnements face à ce qui leur paraît juste ou injuste, leurs évolutions personnelles, vont amener le lecteur à s'interroger également. Si certains des thèmes abordés correspondent à un lieu et à une époque, ils n’en restent pas moins universels dans leur approche. Harper Lee nous invite ainsi à la tolérance, à l’acceptation des autres et des différences, même lorsqu’on ne les comprend pas. Je comprend ainsi facilement la portée internationale que connaît Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur. Pour prolonger un peu la rencontre avec Scout et ses proches, il ne me reste qu’à voir l’adaptation cinématographique de Robert Mulligan.

Conclusion :
Un beau roman intemporel.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les cachettes dans les arbres
les produits agricoles
les vérandas
la lecture



15 avril 2016

Akira Toriyama : Jaco, the galactic patrolman

Ce que l’éditeur nous dit :
Alors qu'Akira Toriyama avait disparu des radars pendant une grosse décennie, le maître surprend ses lecteurs en 2013 en sortant de ses crayons cette nouvelle aventure complète qu'il publie dans le Shônen Jump de Shueisha.Et le public se ravit de retrouver les caractéristiques initiales du talent de Toriyama. On revient ainsi aux origines du mythe, dans le sillage de Dragon Ball bien entendu (le récit se déroule 10 ans avant le début de Dragon Ball), mais aussi de Nekomajin ou de Sandland. Jaco est ainsi placé dans The World, le monde fictif recréé par l'auteur, avec l'aventure placée au cœur du récit par le truchement de personnages croquignolets, le tout enrobé d'un humour potache et libératoire. 

Ce que j’en pense :
Les origines de Dragon Ball... si j’ai bien sûr passer une large partie de mon enfance à suivre la quête des 7 boules de cristal (merci le Club Dorothée), c’est la première fois que j’aborde les aventures Tortue Géniale (ce serait valable également pour tous ses compagnons de route) au travers du support papier. Le dessin d’Akira Toriyama m’a paru simple mais soignée, avec un forte attention apportée aux éléments du décor (je ne sais pas si cela est caractéristique de son oeuvre, ou d’une popularité permettant d’embaucher une horde d’assistants). L’histoire en soi est d’un intérêt limité, si ce n’est son ton léger qui permet de passer un bon moment, et bien sûr le plaisir de retrouver cet univers connu, de revoir ces visages typiques, de rencontrer les parents de Sangoku...

Conclusion :
Idéal pour un interlude nostalgique.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
la mécanique
les portraits robot
le carburant
les doublures



2 avril 2016

Mathieu Gaborit : Les Chroniques des Crépusculaires

Ce que l’éditeur nous dit :
Le baron de Rochronde n'est plus. Et, selon la coutume, son fils Agone doit lui succéder. Or, peu enclin à suivre les traces de son père, guerrier sanguinaire impitoyable, celui-ci se destine à une vie d'érudit itinérant. Agone accepte néanmoins la dernière requête du défunt : passer une semaine au collège occulte du Souffre-jour, où d'éminents maîtres d'armes et de magie initient aux arcanes de puissants pouvoirs. Là, il va découvrir le sens de sa destinée... Alors que grandissent menaces extérieures et conspirations fomentées par les adeptes du Cryptogramme-magicien, l'héritier de Rochronde, armé de sa fidèle rapière Pénombre et rompu aux plus redoutables arts magiques, saura-t-il trouver son salut et délivrer les Royaumes Crépusculaires qui sombrent dans la tourmente ?

Ce que j’en pense :
Cette lecture commençait de manière assez prévisible : le jeune homme qui tente d’aller à l’encontre du destin auquel il ne pourra échapper, le passé douloureux, la quête initiatique, et même l’école de magie... bref que des choses vues par ailleurs. La suite cependant est bien moins convenue. Je dois dire que j’ai été troublée par cette lecture, au sein de laquelle les notions de bien et de mal sont brouillées (comme les œufs). En effet nous avons ici un personnage principal, a priori  “bon” et “gentil”, qui se bat pour les causes auxquelles il croit, qui défend les opprimés, qui s’attache et pense au bien être de ses proches. En même temps il emprunte des chemins tortueux, use de violence, accepte même la cruauté et l’horreur lorsque cela lui est utile, tout en déplorant qu’il doive tôt ou tard y avoir recours lui même. La frontière entre ce qui est acceptable et ne l’est pas n’existe plus. On pourrait penser que Matthieu Gaborit a réussi à nous dépeindre un personnage finalement humain, avec tous les travers que cela implique (comme Robin Hobb par exemple sait si bien le faire), mais il n’en est rien car cet Agone est avant tout hors normes. Au final je ne saurais même pas dire si c’est bien ou pas, même s’il me semble avoir apprécié cette lecture. Comme dans ma précédente rencontre avec l’auteur, j’ai trouvé l’écriture soignée, en particulier dans une utilisation variée du vocabulaire.
Deux défauts notables cependant : le manque de développement des autres protagonistes (Agone n’est presque entouré que de figurants), et une alternance maladroite entre les scènes centrées sur des personnages et les passages se voulant plus géopolitiques qui, surtout présents dans la dernière partie, semblent un peu tomber comme un cheveux sur la soupe.

Conclusion :
Une lecture perturbante et captivante.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les peintures
les arbres
les consciences
le funanbulisme



22 mars 2016

Raymond Queneau : Exercices de style

Ce que l’éditeur nous dit :
Le narrateur rencontre, dans un autobus, un jeune homme au cou long, coiffé d’un chapeau orné d’une tresse au lieu de ruban. Le jeune voyageur échange quelques mots assez vifs avec un autre voyageur, puis va s’asseoir à une place devenue libre. Un peu plus tard, le narrateur rencontre le même jeune homme en grande conversation avec un ami qui lui conseille de faire remonter le bouton supérieur de son pardessus. Cette brève histoire est racontée quatre-vingt-dix-neuf fois, de quatre-vingt-dix-neuf manières différentes. Mise en images, portée sur la scène des cabarets, elle a connu une fortune extraordinaire. Exercices de style est un des livres les plus populaires de Queneau.

Ce que j’en pense :
Si j’étais ressortie offusquée (oui oui) de la lecture de Zazie dans le métro, je ne doutais pas de la capacité de son auteur à manipuler les mots à sa guise. Et avec le présent ouvrage, cette impression se confirme au-delà de toute espérance. J’ai été subjuguée par ce recueil qui, partant d’une histoire simpliste, parvient à nous emporter dans le monde fascinant de la figure de style (un sacré tour de force). Raymond Queneau a ici non seulement fait preuve d’une grande habileté d’écriture, mais également d’une large imagination, lui permettant de se réinventer pas moins de 99 fois (et je le soupçonne avoir été apte à dépasser ce nombre). Il s’impose des contraintes, préceptes grammaticaux existants ou façonnés pour l’occasion, qu’il suit à la lettre mais pour finalement mieux s’en affranchir, jouant avec les règles et la langue au gré de ses envies. C’est maîtrisé, et c’est surtout très amusant pour peu que l’on apprécie la magie des mots : on se délecte de la multiplicité des styles, on se félicite des énigmes déjouées, on savoure des tournures prononcées à voix hautes.  Dire qu’il se paye même le luxe d’un dénouement !

Conclusion :
Il est fort. Très fort.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les bus
la mode
les chapeaux
la lâcheté