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6 avril 2015

Dai Sijie : Balzac et la petite tailleuse chinoise

Ce que l’éditeur nous dit :
Dans la Chine de Mao, savoir lire, c'est déjà faire partie des intellectuels. Et on ne badine pas avec les intellectuels : on les envoie se rééduquer dans les campagnes, travailler dans des rizières ou dans des mines. C'est ce qui est arrivé au narrateur et à son ami Luo, si jeunes et déjà marqués du sceau infamant d'"ennemis du peuple". Pour ne pas sombrer, ils ont heureusement encore quelques histoires, quelques films à se raconter, mais cela fait bien peu. Jusqu'à ce que, par miracle, ils tombent sur un roman de Balzac : petit livre à lire en cachette, tellement dangereux, mais tellement magique, qui changera le cours de leur vie en leur ouvrant la porte de la fille du tailleur, en rendant possible ce qui ne l'aurait jamais été...

Ce que j’en pense :
Cela fait bien des années que j’envisageais de lire ce roman, malgré une première expérience mitigée avec l’auteur. Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre, mis à part à une apologie de Balzac... Et bien non. Si l’auteur classique est bien évoqué en termes élogieux, il n’en reste qu’un accessoire dans le déroulé des événements qui nous sont contés. J’ai beaucoup apprécié la simplicité avec laquelle le sujet principal est abordé : au-delà des amourettes de jeunesses, Dai Sijie ne nous décrit pas moins que la révolution culturelle du régime de Mao, avec beaucoup de justesse mais sans jamais tomber dans le pathos. Cet aspect se retrouve également dans une écriture très fluide, sans fioritures. On lit entre les lignes toute l’absurdité et les conséquences dramatiques ayant résulté de cette dizaine d’années d’oppression. En même temps, la vie a continué, où même dans un petit village perdu au milieu des montagnes, la jeunesse a fait de son mieux pour grandir.
Si au final Balzac et la petite tailleuse chinoise n’aura pas été une “révolution” pour moi, j’ai passé un excellent moment de lecture.

Conclusion :
Une lecture sympathique, avec l’intérêt d’une sujet “grave” abordé sans gravité excessive.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les valises
les corniches
les réveils
le violon



30 décembre 2014

Jean-Luc Istin et Likun : Nüwa, Les 7 immortelles

Ce que l’éditeur nous dit :
La légende du roi Kan raconte que lorsqu’il récupèrera son épée, il pourra à nouveau régner et rassembler les neufs royaumes du Lotus.
C’est pourquoi, sept sœurs immortelles ont eu la charge, chacune à leur tour, de veiller sur l’épée et retrouver Kan à tous prix. Nüwa, la plus jeune des sept sœurs, est le dernier porteur de cette tradition. 
Elle fait route à travers les terres immortelles, résistant aux charmes de l’épée qui ne lui parlent que de désir et de vengeance.

Ce que j’en pense :
Cette bande dessinée elfique, nous entraîne dans une aventure somme toute très classique (une quête avec prophéties, dangers, rencontres et trahisons), mais elle le fait bien, avec des dessins d’une qualité irréprochables de bout en bout. Quand la plupart des ouvrages soignent particulièrement leurs couvertures, le contenu est souvent plus simpliste (forcément, ça demande beaucoup plus de temps et d’énergie), ce qui n’est pas le cas ici. Chaque case paraît être un aquarelle à part entière, non seulement très belle mais également très détaillée. Cela aurait pu faire oublier la piètre originalité de l’histoire, si la fin n’avait pas été baclée de la sorte. Je ne sais pas si c’est une intention volontaire de l’auteur, ou si celui-ci avait prévu une suite dont l’édition aura finalement été refusée, mais là on se moque un peu du lecteur. Je ne parle pas du fait que j’aurais préféré une issue différente, mais bien de cette manière éhonté dont le tout est brusquement expédié d’un revers de main lors des deux dernières pages. Tout ça pour ça...

Conclusion :
Des dessins à couper le souffle mais un contenu trop limité.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les vases
les prisons
les embûches
les guildes

29 mai 2014

Philippe Muyl : Le Promeneur d'oiseau (Ye Ying - 夜莺)

Ce que le synopsis nous dit :
Afin de tenir la promesse faite à sa femme, Zhigen, un vieux paysan chinois, décide de retourner dans son village natal pour y libérer son oiseau, unique compagnon de ses vieilles années. Il fera le voyage de Pékin à Yangshuo avec Renxing, sa petite-fille, jeune citadine gâtée, contrainte de partir avec lui. Ces deux êtres que tout sépare vont se dévoiler l’un à l’autre, partager des souvenirs et des aventures. La petite fille va découvrir de nouvelles valeurs, et particulièrement celles du cœur.

Ce que j’en pense :
Sans surprise au vu du sujet, le Promeneur d’oiseau nous propose une jolie tranche de vie avec cette rencontre entre trois générations d’une même famille à un moment clé de leurs vies. L’histoire est bien racontée, les personnages attachants (même cette petite fille, une peste de premier ordre si représentative de ces enfants rois élevés par des parents trop permissifs et/ou trop absents). Au passage on en profite pour découvert l'arrière-pays chinois, avec des vues absolument splendides, un véritable appel au tourisme pour ces régions auxquelles on ne pense pas souvent (cela dit pour avoir un peu traîné en Chine, j’ai du mal à croire que ce village au milieu de nulle part soit en réalité si “propre”).

Conclusion :
Un joli film qui se regarde tout seul.

A voir si vous voulez en savoir plus sur :
- le troc
- les transports en commun
- les creux des arbres
- les faux


26 octobre 2012

Leslie T. Chang : Factory girl (From Village to City in a Changing China)

Ce que l’éditeur nous dit :
An eye-opening and previously untold story, Factory Girls is the first look into the everyday lives of the migrant factory population in China.
China has 130 million migrant workers—the largest migration in human history. In Factory Girls, Leslie T. Chang, a former correspondent for the Wall Street Journal in Beijing, tells the story of these workers primarily through the lives of two young women, whom she follows over the course of three years as they attempt to rise from the assembly lines of Dongguan, an industrial city in China’s Pearl River Delta.
A book of global significance that provides new insight into China, Factory Girls demonstrates how the mass movement from rural villages to cities is remaking individual lives and transforming Chinese society, much as immigration to America’s shores remade our own country a century ago.

Ce que j’en pense :
J’ai lu Factory Girl de temps avant de retourner en Chine. En lisant l’histoire de ce village de paysans devenu zone industrielle effervescente en l’ombre de quelques décennies, je m’étais fait une image particulière de l’endroit. Par exemple, j’imaginais des bâtiments de tôles et de la terre battue au sol, enchevêtrés  de commerces construits à la va vite et de vendeurs ambulants. Du coup je ne comprenais pas vraiment la description de ces filles qui dépensaient tous leurs yens durement gagnés dans des paires de chaussures à talons aiguilles qui, au delà du principe d’économie, me paraissaient de drôles d’investissements pour ce type d’environnement. Et puis je suis allée à Shenzhen, ville au développement similaire et où aurait pu se situer l’action. Alors j’ai compris. J’ai compris à quel point je m’étais fourvoyée, à quel point j’avais sous estimé la capacité chinoise à construire si rapidement, à faire émerger de la terre battue hautes tours de verres, centres commerciaux et lignes de métro. Dans ce contexte là, oui, un habillement citadin est de circonstance.
Cet exemple reflète assez bien l’état d’esprit qui m’a habitait tout au long de la lecture de Factory Girl : je m’en doutais, mais je ne pensais pas que c’était à ce point là.

Conclusion :
Les chinois ont beaucoup de volonté

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
- les départs
- les plans de carrières
- les obligations
- les conditions

14 septembre 2012

Chunhe Yu : Mémoires d'un eunuque dans la cité interdite

Ce que l’éditeur nous dit :
Yu Chunhe, eunuque au palais de l'impératrice Xiaoding, l'épouse de l'empeureur Guangxu de la dynastie des Qing, nous livre ce témoignage exceptionnel sur la vie quotidienne des castrats et sur celle de leurs maîtres. Entré dans la Cité Interdite en 1898, à l'âge de dis-sept ans, il y passera dix-huit années terribles, marquées par la guerre contre les étrangers, l'exil de la cour à Xian, le traité de paix, la révolution, l'avènement de la république et la chute de l'empire.
Ses mémoires, riches en intrigues et portraits acerbes des familiers de la cour, nous en apprennent plus qu'un livre d'histoire officielle. Description édifiante des mœurs d'une époque, de sa décadence et de sa corruption, les « Mémoires d'un eunuque dans la Cité Interdite » constituent un document historique unique, mais sont avant tout le récit émouvant du destin tragique d'un adolescent vendu aux trafiquants d'enfants de pékin qui fournissaient le palais impérial en eunuques.
Yu Chunhe révèle ce qui a souvent été occulté sur la vie privée de ces innocents, châtrés de force pour être ensuite emprisonnés entre les murs de la Cité Interdite où ils étaient traités en esclaves, insultés, battus, tués selon le caprice de leurs maîtres.
Le récit de l'une de ces vies meurtries fut enregistré par Dan Shi, historien spécialiste de dynastie des Qing, qui décida de la publier sous la forme d'un roman.

Ce que j’en pense :
Le seul problème de ce bouquin, c’est plus ou moins tout est dit dans la quatrième de couverture. Pas de grandes surprises donc à la lecture. Par contre, les photos d’archives sont très intéressantes et permettent de se faire une petite idée du contexte de l’époque (mon imagination ne m’aurait jamais mené à ça à la simple lecture des descriptions, tant c’est différent de ce que nous connaissons). Cela permet également de se dire que cette ribambelle de films chinois à la Tigre et Dragon, qui joue pourtant bien plus sur les effets visuels (dont personnellement je ne me lasse pas) que sur l’histoire,  recèle peut être un fond de vérité en ce qui concerne le niveau de manigances. De manière générale, je pense qu’il est toujours bon de s’intéresser à ce type de sujet, représentants d’une culture et d’une époque, qui peuvent pousser à la réflexion sur ces “techniques barbares” qui nous paraissent aujourd’hui disproportionnées. On peut se demander, dans 100 ans, quelles coutumes qui nous semblent aujourd’hui normales paraîtront totalement inconcevable à nos descendants. Quand on sait qu’en France les femmes n’ont eu droit de voter qu’à partir de 1944, on se rend compte du chemin qui peut être parcouru en ce laps de temps.
Nota bene : très amusant, en vérifiant la date ci-dessus j’ai appris qu’en 1914 avait eu lieu un vote blanc pour demander aux femmes si elles avaient envie de voter... 

Conclusion :
Un livre pas forcément palpitant mais évoquant un sujet très intéressant.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
- les promotions
- les cortèges
- les conditions spéciales

26 juin 2012

Janice Y. K. Lee : Le professeur de piano

Ce que l’éditeur nous dit :
À peine sortie des quatre murs de la maison familiale, l'Anglaise Claire Pendleton embarque pour Hong-Kong, au bras d'un homme épousé sans passion ni délai. Les embruns salés encore sur la peau, loin de sa vie tranquille de jeune fille rangée des années cinquante, Claire débarque sur cette île lointaine. Professeur de piano dans une riche maison chinoise, elle s'éprend du chauffeur de la famille, un Anglais lui aussi. Mais qui vit à Hong-Kong depuis longtemps. William est arrivé sur l'île en 1941. Il a connu le faste de la colonie britannique, l'insouciance d'avant-guerre, l'amour fol et léger, le visage sublime et troublant de Trudy, une Eurasienne, devenue sa maîtresse et sa reine. Jusqu'à ce que la guerre gagne les rives de Hong-Kong et que son rêve se fracasse contre la réalité. L'invasion japonaise laissera des traces, visibles mais indéchiffrables, en lui. Et de ces cicatrices, Claire, dix ans plus tard, sondera le mystère. D'une époque l'autre, Janice Y. K. Lee noue pour mieux les dénouer les fils d'une histoire dévorée de passion, de regret et de trahison. Son extraordinaire intuition narrative, ses personnages singuliers et son écriture délicate et vibrante capturent l'attention et l'émotion.

Ce que j’en pense :
Le professeur de piano, c’est Claire, théorique personnage principale de cette épopée. Les premiers chapitres laissent à penser que deux époques nous seront comptés, le passé étant bien souvent une explication du présent.
Mais tout cela n’est que prétexte. Bien vite tout se concentre sur Trudy et William, leur histoire et celle de leur patrie d’adoption, Hong-Kong, alors que celle-ci est en proie aux évènements (pas très joyeux) de la seconde guerre mondiale. Janice Y. K. Lee nous emporte alors dans une épopée tragique, à la fois très documentée et surtout très bien écrite. Elle nous permet ainsi la vie des d’apprécier que la grande guerre n’a pas touché que l’Europe, loin de là. C’est drôle de voir qu’avec l’omniprésence de cette époque au programme scolaire, moi, ancienne écolière, n’avait jamais entendu parler de ce qui s’était passé dans cette partie du globe. Bref un récit des plus intéressant.
Et, pouf, le souffle retombe, nous voilà revenu “au présent”, c’est à dire à la pauvre Claire, personnage franchement pas très charismatique. La différence d’intensité entre les époques est trop importante pour nous la faire apprécier, à telle point qu’elle serait presque de trop. Dommage que l’auteur est un peu bâclé cette partie.

Conclusion :
Un récit enflammé qui ne laissera pas insensible, même si certains passages sont de moins bonne qualité.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
- le champagne
- les collines
- les autorisations
- les relations

Avec cet article, je complète le challenge Dragon 2012, pour la catégorie Dragon d'eau.

19 mai 2011

Tsui Hark : Detective Dee - Le mystère de la flamme fantôme (Di renjie zhi tongtian diguo)

Ce que le synopsis nous en dit :
L’histoire se déroule en Chine, en l’an 690, durant la période trouble correspondant à l’ascension de l’impératrice Wu Ze Tian.
Tout est prêt pour la cérémonie du couronnement et la petite ville de Chang-An est dans ses habits de fête. Mais une série de morts mystérieuses menace l’intronisation de Wu Ze Tian.
L’impératrice décide alors de faire appel au seul homme capable de percer ce mystère : Le juge Ti, de retour après huit ans de prison pour insolence et insubordination…
Inspiré de l’histoire d’un authentique détective de la Chine des Tang, Detective Dee a fait l’objet d’une série de romans cultes (par Robert Van Gulick). Le film du cinéaste hong-kongais Tsui Hark a été présenté au Festival de Venise 2010 en compétition officielle.


Ce que j’en pense :
En principe, les films chinois diffusés sur nos écrans sont tous faits du même moule. Qu'il s'agisse du Secret des poignards volants ou de Tigre et Dragon, on y retrouve les mêmes éléments : un amour impossible et dramtique, des seignes, de très belles images, beaucoup de couleurs (paysages, tissus, etc) et surtout des combats à la fois improbables et captivants. C'est donc naïvement que je suis allé voir Détective Dee, m'attendant à un prendre plein les mirettes.
Quelle ne fut pas ma déception quand j'ai compris qu'il s'agissait vraiment d'un film policier, difficulté de l'énigme niveau Derick (à noter mon manque de connaissance sur le sujet, qui ne m'aura peut être pas permit de choisir le comparatif le plus approprié). Certes il y a bien eu quelques combats, mais bien trop peu à mon goût. La plupart du temps, c'est juste long. Le côté improbable par contre est bien présent ! Sauf que cette fois il ne faut pas compter sur une quelquonque réussite visuelle pour le faire oublier, et c'est surtout l'utilisation abusive d'images numériques de qualité moyenne que l'on retiendra...
Reste le côté amusant du genre, toujours très didactique. Par exmeple : le gentil nous dévoile le plan (machiavélique) du méchant. Le méchant attend patiemment la fin de l'explication pour répondre et s'énerver, charmante attention n'est ce pas ?

Conclusion :
Sans aller jusqu’à regretter d’être allé le voir, je n’en suis pas sorti avec une bonne impression. “Evitable”.

A voir si vous voulez en savoir plus sur :
- les poutres
- les coups de soleil
- l’acupuncture
- les lentilles de contact 100% naturelles

17 janvier 2011

Dai Sijie : Par une nuit où la lune ne s'est pas levée

Ce que l’éditeur nous en dit :
"Je vois dans votre regard, remarqua le professeur, le grand intérêt que vous portez à ce rouleau, et je tiens à vous mettre en garde, avant qu'il ne prenne une tournure plus passionnée, comme il en fut pour tous ceux qui s'en sont approchés. Chez moi aussi, je dois avouer, il a soulevé un fort enthousiasme. Il me semblait qu'en restituant son parcours, si sinueux fût-il, je pourrais mieux parler des empereurs défunts sur lesquels il avait laissé son empreinte, recomposer les fragments disparus de la vie de nobles déchus... " Les péripéties au cours des siècles d'un manuscrit sur rouleau de soie forment le fil conducteur de ce roman aux récits savamment emboîtés. Dai Sijie, revisitant l'histoire de la Chine et celle du bouddhisme, y rend un hommage fervent aux créations de l'esprit les plus subtiles - et notamment à la langue écrite ou calligraphiée, qui répand sur chaque page son mystère obsédant.

Ce que j’en pense :
Ce livre débute très bien. L’histoire réinventé du “dernier empereur” chinois nous plonge immédiatement dans un univers de légende fascinant, mais également dans celui des passions déchaînées par l’amour de l’écriture et des langues.
Hélas, dès le second chapitre, le ton change. La narratrice commence à nous décrire son quotidien dans un quartier de Pékin, prémisse d’une lente descente aux enfers qui sera la sienne. Car c’est également la méchanceté des hommes, la peur, le désespoir ou encore certaines horreurs du communisme chinois qui nous sont contés. Et au fur et à mesure que le récit avance, le lecteur s’enfonce dans une ambiance lourde et pesante, suivant l’héroïne sur l’inexorable chemin vers la dépression.
Mais le véritable point faible de ce roman est son style. Tout d’abord, les digressions sont très nombreuses. La narratrice rencontre un personnage, qui lui même relate une lecture que lui a faite un tiers, etc. S’il n’est pas si difficile de suivre “qui parle”, cela reste une sacré gymnastique pour le cerveau et alourdit la lecture au détriment de l’histoire. A cela s’ajoute la “trop grande érudition” de l’auteur. Il y a beaucoup, beaucoup de détails, dans lesquels nous sommes une fois de plus perdus. Dommage, car le tout est si maîtrisé qu’on pourrait sans peine croire à une histoire vrai.
Un passage du livre nous décrit un coup de rage vécu par la narratrice, lorsqu’on lui affirme que seul un esprit asiatique peut concevoir certains mécanismes de pensées. Elle qui baigne dans cet univers et l’étudie depuis des années, est vexé, trouve cela injuste. C’est vrai, c’est injuste. Mais c’est également ce que fait nous fait vivre Dai Sijie, à nous, les non initiés. L’auteur n’a pas su se mettre à la hauteur de son lectorat, ne permettant pas d’apprécier le contenu à sa juste valeur.
Quant à la fin, elle est belle, simple, légère et pleine d’espoir ; tout le contraire des 306 pages précédentes.

Conclusion :
Je ne le conseillerai pas, sauf pour ceux ayant déjà de bonnes connaissance du bouddhisme et de ses mécanismes de pensée.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
- les sutras
- les linguistes
- les camps chinois
- les légumes

6 janvier 2011

Xinran : Funérailles célestes

Ce que l'éditeur nous en dit :
Funérailles célestes est une histoire d'amour et de perte, de loyauté et de fidélité au-delà de la mort. Xinran dresse le portrait exceptionnel d'une femme et d'une terre, le Tibet, toutes les deux à la merci du destin et de la politique. En 1956, Wen et Kejun sont de jeunes étudiants en médecine, remplis de l'espoir des premières années du communisme en Chine. Par idéal, Kejun s'enrôle dans l'armée comme médecin. Peu après, Wen apprend la mort de son mari au combat sur les plateaux tibétains. Refusant de croire à cette nouvelle, elle part à sa recherche et découvre un paysage auquel rien ne l'a préparée - le silence, l'altitude, le vide sont terrifiants. Perdue dans les montagnes du nord, recueillie par une famille tibétaine, elle apprend à respecter leurs coutumes et leur culture. Après trente années d'errance, son opiniâtreté lui permet de découvrir ce qui est arrivé à son mari... Quand Wen retourne finalement en Chine, elle retrouve un pays profondément changé par la Révolution culturelle et Deng Xiaoping. Mais elle aussi a changé : en Chine, elle avait toujours été poussée par le matérialisme ; au Tibet, elle a découvert la spiritualité. 

Ce que j’en pense :
Le Tibet peut faire rêver ou peut faire peur, mais aucune image ne se rapprochera de la réalité à moins d’en découvrir vraiment le quotidien. Finalement peu de romans abordent le sujet, et pour cette raison déjà cette lecture en vaut la peine.
A travers une histoire individuelle, c’est un aperçu de la “confrontation” entre la Chine et le Tibet des années 50, mais aussi du “Tibet ancestral” qu’il nous est donné de voir. Il s’agit également d’un véritable traité sur les cultures : il nous est proposé de notre fenêtre française, de découvrir ce monde par les yeux d’’une chinoise, qui tente de l'appréhender au mieux malgré le fossé avec sa propre culture, le tout retranscrit par les mots d’une sino-britannique. Et sans doute au moins autant d'interprétations que de lecteurs...
Ce livre sait se jouer des paradoxes : il est court (190 pages) et pourtant riche et très bien documenté. Il est à la fois peu de choses (le temps est long dans les plaines), et pourtant en quelques pages seulement beaucoup de choses sont dites, beaucoup d’événements sont relatés (encore une fois, la notion du temps n’est pas la même partout). Il est à la fois des généraliste, mais aussi très personnel, n’oubliant pas les détails du quotidien (telles que les taches de tous les jours ou les sentiments des personnages). Car au final, c’est bien le spécifique et la somme des ces petites actions individuelles qui font d’un pays ce qu’il est, qui constituent une culture.
Ce qui m’aura le plus frappé est cette constance de l'héroïne. Elle ne se détourne jamais de sa quête initiale, n’abandonne jamais malgré le temps qui passe et le peu de certitudes qui l'accompagnent. Il faut bien savoir qu’il s’agit d’une histoire vraie pour envisager cela possible. Cela encore est à mon sens une grande différence culturelle.

Conclusion :
Sans doute pas le meilleur opus de Xinran, mais tout de même très instructif.

A lire si vous voulez en savoir plus sur : 
- la nourriture tibétaine
- le tourisme dans les années 50
- la dermatologie
- les moines

18 octobre 2010

Xinran : Baguettes chinoises

Ce que l’éditeur nous dit :
" Je vais leur montrer, moi, à tous ces villageois, qui est une baguette et qui est une poutre ! " C'est ce cri qui a donné envie à Xinran d'écrire cette histoire. Celle, lumineuse, chaleureuse, émouvante, de trois sœurs qui décident de fuir leur campagne et le mépris des autres, pour chercher fortune dans la grande ville. Sœurs Trois, Cinq et Six n'ont guère fait d'études, mais il y a une chose qu'on leur a apprise : leur mère est une ratée car elle n'a pas enfanté de fils, et elles-mêmes ne méritent qu'un numéro pour prénom. Les femmes, leur répète leur père, sont comme des baguettes : utilitaires et jetables. Les hommes, eux, sont les poutres solides qui soutiennent le toit d'une maison. Mais quand les trois sœurs quittent leur foyer pour chercher du travail à Nankin, leurs yeux s'ouvrent sur un monde totalement nouveau : les buildings et les livres, le trafic automobile, la liberté de mœurs et la sophistication des habitants... Trois, Cinq et Six vont faire la preuve de leur détermination et de leurs talents, et quand l'argent va arriver au village, leur père sera bien obligé de réviser sa vision du monde. C'est du cœur de la Chine que nous parle Xinran. De ces femmes qui luttent pour conquérir une place au soleil. De Nankin, sa ville natale, dont elle nous fait voir les vieilles douves ombragées de saules, savourer les plaisirs culinaires et la langue truculente de ses habitants. Et d'un pays, une Chine que nous découvrons par les yeux vifs et ingénus des trois sœurs, et qui nous étonne et nous passionne car nous ne l'avions jamais vue ainsi.

Ce que j’en pense :

Toute la force de Xinran réside ici dans sa capacité à mêler faits historique et culturels, témoignages et romance. Le livre participe réellement à nous informer sur le fossé actuel entre Chine urbaine et Chine rurale.
L’histoire, qui commence à la campagne, parait se dérouler à une autre époque tant la vie y est différente. Pourtant les scènes se déroulants en ville nous prouvent bel et bien qu’il s’agit d’une œuvre contemporaine. Le choix d’avoir placé le tout dans des lieux existants, avec des faits inspirés de personnages réels renforce la crédibilité de l’ensemble, permettant au lecteur de mieux se projeter dans cette société lointaine. Cela est également accentué par la sélection de trois protagonistes aux caractères, aux capacités et aux envies très différentes les unes des autres, mais qu’une envie commune rassemble : la volonté de faire de son mieux.
L’écriture est fluide, le rythme bien agencé. Le prologue trouve bien sa place, permettant d’entrer rapidement dans l’univers qui nous est présenté. L’épilogue est quand à lui un brusque retour à la réalité, rappelant qu’après tout il ne s’agit que d’un roman…

Conclusion :
Une très bonne lecture, plaisante et instructive

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
- les maisons thermales
- les légumes
- les cafés-lecture
- la campagne

2 septembre 2010

Harald Zwart : The Karate Kid

Ce que le synopsis nous dit :
Lorsque la carrière de sa mère l'entraîne à Beijing en Chine, le jeune Dre Parker doit faire face à des changements radicaux. Au bout de quelques jours, il se retrouve mêlé à une altercation au sein de son école, impliquant Cheng, l'un des garçons les plus doués en Kung Fu et qui lui fait définitivement perdre le respect de ses camarades de classe.
Témoin de cet affrontement, Mr Han, professeur de Karaté à la retraite, embauché par les Parker comme chauffeur et assistant, décide d'aider Dre à regagner le respect de son entourage.


Ce que j’en pense :
Le scénario de Karaté Kid, couru d’avance, aurait pu être écrit par n’importe qui. L’enfant à des problèmes. Il va rencontrer son « maître », qui va commencer par des leçons d’apparence stupides. En réalité ce professeur est un génie. L’élève va faire des progrès fulgurant et sortir vainqueur de ses combats, tout cela dans le respect d’autrui et la non violence.
Comparé à d’autres films, les progrès de l’enfant se font relativement progressivement, rendant le tout presque crédible. Même si toute échelle de temps est soigneusement éludée… L’histoire est d’ailleurs plus focalisée sur les déboires personnels de ce personnage que sur le kung-fu, cet art intervenant assez tard dans le film.
Jackie Chan est tout à fait mis au second plan, le protagoniste qu’il interprète étant très peu travaillé, au profit de Jaiden Smith. Ce dernier trouve ici un rôle sur mesure, dans lequel il éblouit sans contexte. J’avoue avoir même été bluffée par sa condition physique. En sortant de la séance, j’étais persuadée qu’il avait fait du kung-fu toute sa vie.
L’approche de la culture chinoise est quand à elle très intéressante, nous en montrant à la fois des aspects positifs et négatifs. Les paysages à eux seuls donnent envie d’aller visiter ce pays.

Conclusion :
Un film sympathique, qui répond à ce qu’on attend de lui.

A voir si vous voulez en savoir plus sur :
- L’art de suspendre sa veste
- Le violon
- Les escaliers
- Les serpents