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29 mai 2016

Ken Liu : La ménagerie de papier (The Paper Menagerie and Other Stories)

Ce que l’éditeur nous dit :
« Elle plaque la feuille sur la table, face vierge exposée, et la plie. Intrigué, j'arrête de pleurer pour l'observer. Ma mère retourne le papier et le plie de nouveau, avant de le border, de le plisser, de le rouler et de le tordre jusqu à ce qu'il disparaisse entre ses mains en coupe. Puis elle porte ce petit paquet à sa bouche et y souffle comme dans un ballon. «Kan», dit-elle. «Laohu». Elle pose les mains sur la table, puis elle les écarte. Un tigre se dresse là, gros comme deux poings réunis. Son pelage arbore le motif du papier, sucres d'orge rouges et sapins de Noël sur fond blanc. J'effleure le petit animal qu'a créé Maman. Il remue la queue et se jette, joueur, sur mon doigt... »
Ken Liu est né en 1976 à Lanzhou, en Chine, avant d'émigrer aux états-Unis à l'âge de onze ans. Titulaire d'un doctorat en droit (université de Harvard), programmeur, traducteur du chinois, il dynamite les littératures de genre américaines, science-fiction aussi bien que fantasy, depuis une dizaine d'années, collectionnant distinctions et prix littéraires, dont le Hugo, le Nebula et le World Fantasy pour la seule « Ménagerie de papier », ce qui demeure unique à ce jour. Le présent recueil, sans équivalant en langue anglaise et élaboré au sein d un corpus considérable, consacre l'éclosion du plus brillant des talents, protéiforme et singulier l'avènement d'un phénomène.

Ce que j’en pense :
Commençons par les défauts de ce recueil : très souvent, les textes de Ken Liu ont un aspect prévisible, convenu ; il leur manque la part de mystère et de surprise qui font la différence. Je pense que c’est l’une des raisons pour lesquelles aucune de ces nouvelles ne m’a vraiment bluffée, tandis que j’ai été toute retournée par bon nombre des textes de Mélanie Fazi (comment ça je la cite tous les 3 articles, et alors c’est quoi le problème, c’est que ça fait trop longtemps que je n’ai pas parlé de Maïa Mazaurette ? ♥) ou de Lisa Tuttle que j’ai lus. Et pourtant Ken Liu est bel et bien un excellent nouvelliste, puisque dès les premières lignes il parvient à mettre en place un univers, une atmosphère, à poser ses personnages, pour ainsi créer des histoires riches malgré un nombre de pages réduit. Sur cet aspect d’ailleurs j’ai été épatée. L’auteur dispose de multiples cordes à son arc qui lui permettent de nous emporter dans des mondes, des ambiances, des cultures, voire des genres très variés d’une nouvelle à l’autre, ce que je trouve admirable. Et même si la manière de les faire évoluer manque parfois d’originalité, on sent que l’auteur a des messages à nous faire passer. Il nous propose de réfléchir à nos racines et à notre futur, à l’importance de la mémoire et de l’écriture, sur la valeur de la vie, sur les questions éthiques qui vont de pair avec les progrès technologiques et la recherche d’immortalité, ou encore la spiritualité au sens plus général.

Conclusion :
Tout cela se lit avec le plus grand plaisir.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les souvenirs
les carnets intimes
l’origine du monde
les conversations divines

SFFF & D. : item 18


12 octobre 2014

David Fincher : Gone Girl

Ce que le synopsis nous dit :
A l’occasion de son cinquième anniversaire de mariage, Nick Dunne signale la disparition de sa femme, Amy. Sous la pression de la police et l’affolement des médias, l’image du couple modèle commence à s’effriter. Très vite, les mensonges de Nick et son étrange comportement amènent tout le monde à se poser la même question : a-t-il tué sa femme ?

Ce que j’en pense :
Comment parler de cet excellent film sans le spoiler ? Exercice difficile, alors tournons autour du pot. Pour l’état d’esprit d’avant séance, je ne m’attendais pas à grand chose, uniquement prête à lui donner une chance pour l’excellente note sur allocine (oui je suis influençable) et la présence de Ben Affleck (que je suis loin de trouver irrésistible en tant qu’homme ou acteur, mais qui me semble avoir bien choisi ses rôles ces dernières années). Autant dire que j’ai pris une grosse claque, et qu’il m’a fallu un petit moment avant de retrouver mes esprit une fois le générique achevé. Le jeu des acteurs (principaux) est irréprochable, tout comme la gestion et le choix de la bande sonore. Le rythme très bien géré, avec beaucoup de tension, mais les petits éléments qui vont bien pour relâcher la bride quand il faut (le personnage de l’avocat y participant à plus d’un titre). Gone girl comporte bien quelques longueurs, mais qui sont très pardonnables, voire totalement justifiables.

Conclusion :
Allez le voir. Tout de suite.

A voir si vous voulez en savoir plus sur :
les chasse au trésor
les carnets secrets
les jeux de société
les bougies

22 mai 2014

Joël Dicker : La vérité sur l'Affaire Harry Quebert

Ce que l’éditeur nous dit :
À New York, au printemps 2008, alors que l’Amérique bruisse des prémices de l’élection présidentielle, Marcus Goldman, jeune écrivain à succès, est dans la tourmente : il est incapable d’écrire le nouveau roman qu’il doit remettre à son éditeur d’ici quelques mois. Le délai est près d’expirer quand soudain tout bascule pour lui : son ami et ancien professeur d’université, Harry Quebert, l’un des écrivains les plus respectés du pays, est rattrapé par son passé et se retrouve accusé d’avoir assassiné, en 1975, Nola Kellergan, une jeune fille de 15 ans, avec qui il aurait eu une liaison. Convaincu de l’innocence de Harry, Marcus abandonne tout pour se rendre dans le New Hampshire et mener son enquête. Il est rapidement dépassé par les événements : l’enquête s’enfonce et il fait l’objet de menaces. Pour innocenter Harry et sauver sa carrière d’écrivain, il doit absolument répondre à trois questions : Qui a tué Nola Kellergan ? Que s’est-il passé dans le New Hampshire à l’été 1975 ? Et comment écrit-on un roman à succès ? Sous ses airs de thriller à l’américaine, La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert est une réflexion sur l’Amérique, sur les travers de la société moderne, sur la littérature, sur la justice et sur les médias.

Ce que j’en pense :
Difficile de décrire La vérité du l’Affaire Harry Quebert, qui réinvente le roman policier (enfin je crois, ma base de référence en la matière étant très sommaire). Tout d’abord parce que si policiers il y a, ils ne sont que personnages secondaires. Ensuite parce qu’à aucun moment le livre ne se place dans le gore, le monstrueux ou l’effrayant. Au contraire, on nous parle d’amour, allant jusqu’à un sentimentalisme niaiseux à grand renfort de mauvaise poésie (le talon d’Achille du roman qui insiste parfois sur le Grand Amour de manière si puérile, alors que l’auteur sait parfaitement le décrire pour d’autres personnages). Le suspense est là, tangible (il faut bien cela pour tenir un lecteur en haleine sur près de 700 pages), mais pas prédominant non plus. Joël Dicker prend le temps de nous faire découvrir l’histoire personnelle de la plupart des protagonistes et c’est précisément cet aspect qui est fascinant, alors qu’il démultiplie les points de vue et les interconnexions avec une parfaite maîtrise de l’ensemble.
Pour terminer, si je me doutais que certaines révélations réservaient encore des surprises (facile à deviner quand il reste 200 pages à lire), à aucun moment je n’ai été capable de concevoir toute seule le fin mot de l’histoire.

Conclusion :
Un thriller hors du commun.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
- les clients habitués
- les tableaux
- les carnets secrets
- les mouettes

25 avril 2011

Jim Fergus : Mille femmes blanches

Ce que l’éditeur nous en dit :
En 1875, un chef cheyenne, Little Wolf, se rend à Washington pour demander au président Ulysses S. Grant de lui faire présent de mille femmes blanches, dans le but d'"assurer la sécurité et la prospérité d'un peuple assiégé de toutes parts". Les volontaires seront recrutées pour la plupart dans les pénitenciers et les asiles de fous. Prenant pour point de départ ce fait historique, Jim Fergus retrace l'aventure de ces femmes parties vivre dans les grandes plaines de l'Ouest ; à travers les carnets intimes de l'une d'elles, May Dodd, le lecteur partage leurs appréhensions et leurs doutes, mais aussi leur exaltation à la découverte émerveillée d'une civilisation respectueuse des individus et de l'environnement.
Jim Fergus signe là son premier roman, véritable hymne d'amour au peuple cheyenne et condamnation sans appel de la politique indienne du gouvernement américain d'alors. La parution de ce roman a été saluée par de nombreux auteurs et les droits du livre achetés par Hollywood.


Ce que j’en pense :
A travers les carnets retrouvés de l'une de ces 1000 femmes blanches, Jim Fergus nous fait découvrir les indiens Cheyennes, leur culture, leur mode de vie, mais surtout un pan de leur histoire, celui de leur déchéance. Par les yeux d'une "européenne", le lecteur fait l'expérience de la découverte de l'autre : de la crainte de la  différence, à la compréhension, voire à l'assimilation. Au-delà des faits historiques, c'est donc bel et bien un livre sur l'ouverture aux autres et à la tolérance qui nous est proposé. Il démontre ainsi que si deux cultures peuvent en apparence sembler très différentes, cela ne signifie en rien leur incompatibilité, bien au contraire.
L'auteur fait également part d'un point de vue sur les prises de décisions radicales de la part des politiques de l'époque. Pour autant il évite la caricature et la dénonciation facile, car une situation n'est jamais noire ou blanche. Les problèmes internes rencontrés par les indiens en sont l'exemple.
Enfin, grâce à des personnages crédibles et attachants, Jim Fergus signe un roman qu'il est difficile de refermer, la dernière page arrivant bien trop vite.

Conclusion :
Un roman à lire absolument, tant pour son côté culturel et historique, que pour le plaisir de la lecture.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
- le camping sauvage
- le whisky
- les carnets secrets
- la collocation