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6 septembre 2015

Jaco van Dormael : Le tout nouveau testament

Ce que le synopsis nous dit :
Dieu existe. Il habite à Bruxelles. Il est odieux avec sa femme et sa fille. On a beaucoup parlé de son fils, mais très peu de sa fille. Sa fille c’est moi. Je m’appelle Ea et j’ai dix ans. Pour me venger j’ai balancé par SMS les dates de décès de tout le monde…

Ce que j’en pense :
Que sont loin la colorimétrie et la luminosité de Mr. Nobody, que Jaco van Dormal a ici laissé de côté en faveur d'une image plus contrastée, plus sombre. On se croirait presque dans un film de Jean-Pierre Jeunet. A été conservé un certain amour de la vie, des gens, au-delà des blessures et de la tristesse. Des métaphores inattendues et magnifiques, des messages de tolérance et une certaine forme d’espoir, mais la perfection n’est pas envisageable. Même dans les situations de bonheur, le glauque semble caché dans un coin, prêt à resurgir à tout instant. A l’heure où le cinéma ne cesse de sublimer, même les plus beaux paysages apparaissent ici ternes. Je ne suis pas certaine de l’intention réelle du réalisateur mais, contrairement à son précédent long métrage, je ne qualifierais pas Le tout nouveau testament de feel good movie. Dommage, car la matière y était, seulement je n’ai pas été plus emballée que ça. J’ai tout de même passé un bon moment, j’ai été surprise, j’ai apprécié les références, j’ai souris, j’ai froncé les sourcils.

Conclusion :
Un moment de cinéma original mais pas à la hauteur de mes attentes.

A voir si vous voulez en savoir plus sur :
la fraternité
la tolérance
les broderies
les canoës




27 juin 2015

Robert Silverberg : L'oreille interne (Dying Inside)

Ce que l’éditeur nous dit :
David Selig, Juif new-yorkais d'une quarantaine d'années, se considère comme un raté. Il est pourtant télépathe et pourrait profiter de ce don pour faire fortune, conquérir - et garder ! - les plus belles femmes... Mais non, rien à faire, il estime être un monstre tout juste bon à faire le nègre sur des devoirs d'étudiants, incapable de réussir sa vie. La dernière preuve en date : ce talent qu'il déteste tant, mais qui est finalement son seul lien avec le reste de l'humanité, est en train de le quitter ! Apeuré à l'idée de se retrouver seul avec lui même, Selig nous conte sa misérable existence. Grand roman psychologique, plein d'humour et de mélancolie, L'oreille interne est peut-être le plus beau livre de Robert Silverberg et à coup sûr un chef-d'œuvre de la science-fiction.

Ce que j’en pense :
En lisant la quatrième de couverture je m’attendais à une oeuvre dans la veine de celles de Daniel Keyes, auteur qui s’est acharné à explorer les méandres du cerveau humain. Autant dire que mes attentes étaient hauts placées. Autant dire que j’ai été déçue. Peut-être cela aurait été différent si j'avais connu plus tôt le titre en version originale (que je découvre seulement au moment où j'écrit ces lignes).
L’angle de vue abordé est celui de la quête identitaire, le “pouvoir” de David Selig n’étant qu’une donnée parmi d’autres dans la constitution de sa personnalité. Il s’agit ici d’un personnage qui n’existe qu’à travers les autres : plus que ce que l’on pense de lui, c’est l’image de lui-même que les autres lui renvoient qui lui importe. Il n’est nul besoin de lire dans les pensées pour vivre ce type de problématique, qui touche n’importe qui vivant en société à échelle plus ou moins prononcée. Il y a quelque chose de profondément dérangeant dans ce livre (ce qui pourrait être un avantage, mais dans ce cas ne l’est pas). Par exemple, Robert Silverbeg pousse la description de l’environnement de David jusqu’à contextualiser l’actualité de son époque : en soi il s’agit d’une excellente idée, mais la manière dont elle est concrétisée dans le roman est maladroite, presque irritante. Il faut dire que David est un personnage auquel il est difficile de s’attacher, très négatif,  très noir, manquant d’humanité (il ne semble avoir finalement ni qualité, ni défaut, il n’est que mal-être). Cependant, on finit tout de même par s’intéresser à son cas, par avoir envie d’aller jusqu'au bout de la lecture. Robert Silverberg ne m’a pas entièrement convaincue par son approche, mais j’ai eu le sentiment qu’au moins il expérimentait plutôt que de jouer la facilité, ce qui est tout à son honneur (car tout n’est pas à jeter, au contraire).

Conclusion :
Pas à la hauteur de mes attendes, mais une lecture que je ne regrette pas d’avoir faite.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
les liens fraternels
la culpabilité
les drogues
l’acceptation de soi

22 février 2013

Claude Ecken : En sa tour, Annabelle

Ce que l’éditeur nous dit :
« La matière joue à la marelle. »
« Perspective de sable engourdi ! Les variations des nuages aplatissent les demeures indiscrètes. »
Annabelle est folle. Annabelle dit n’importe quoi sans s’en rendre compte. Annabelle est atteinte d’une affection particulière, portant le nom de jargonaphasie…

Ce que j’en pense
Le douce folie, celle qui façonne les vrais artistes, celle qui donne toute sa poésie au monde.  C’est ce mal dont “souffre” Annabelle. Don du ciel ou malédiction ? Cela dépend des points de vue. Pour ce frère, le narrateur de ces quelques pages, il s’agit clairement d’une bénédiction, qui semble n’exister que pour lui. Ce texte est la démonstration de la force que peut recéler la nouvelle, toute l’intensité contenue en si peu de mots. La brièveté révèle toute la justesse du texte, tel ces quelques secondes de silence après une composition musicale. Le temps reste suspendu.

Conclusion :
A lire en écoutant du Quantz, c’est encore mieux :)

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
- le destin
- la fraternité
- le sens